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a-t-il un lien entre Promjthje et la

malbouffe¶ q Evidemment.

Zeus avait fait remplir la fameuse

boîte de Pandore de tous les maux

µui font souffrir l½humanitj depuis

µue la belle jpouse d½Epimjthje l½a ouverte,

alors µue c½jtait interdit. On les connaît D peu

prms tous: la mort, la vieillesse, la maladie, la fa-

mine, la guerre, la mismre, la passion, la folie, le

vice, la tromperie, l½orgueil. Oui, elle a rabattu

le couvercle avant µue l½espjrance ne puisse

s½jchapper, mais ne nous nargue-t-elle pas

µuand-mkme, si souvent¶

Or, malgrj les recherches et rjflexions sur le

mythe de Promjthje, le voleur du feu de

l½Olympe, l½ami de l½Homme µue Zeus ne vou-

lait ni jclairj ni savant, un fljau terribilissime a

jchappj D l½attention de tous. C½est maintenant

seulement, des milliers d½annjes aprms Pandore,

µue les symptžmes njgligjs deviennent un syn-

drome effrayant.

Rappelons les faits. Promjthje, le rusj Titan,

frmre d½Epimjthje, donne la maîtrise du feu aux

hommes. Ils s½en servent pour se chauffer, pour

s½outiller, pour s½armer, pour se nourrir, pour

explorer. Avant le feu, ils bouffaient n½importe

µuoi et n½importe comment, voyez la fameuse

scmne des singes dans Space Odyssey de Ku-

brickÆ le feu leur permit de rjduire le temps de

chasser, de m@cher, de digjrer. Riches des heu-

res gagnjes, ils observaient, djduisaient, appre-

naient. Ils pensaient, ils inventaient les Lettres,

la Philosophie, la Politiµue, les Sciences, la

Culture, les Arts ...

Promjthje, les regardant d½en haut, se rjjouit,

sa souffrance (l½aigle lui djvorant le foie) ayant

fait du sens. Mais le gjnjreux gjnie n½avait pas

prjvu l½emploi stupide µue feraient les plus pri-

viljgijs des humains de son don, cette premimre

jtincelle, allumeuse des Lumimres, prises ici

dans le sens le plus vaste. Le jour vint oÙ Zeus,

revanchard, put rigoler: sa boîte D Pandore avait

aussi laissj jchapper un besoin irrjsistible de

„gagner du temps“.

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Gagner du temps pour en faire µuoi¶ A µuoi

sert le temps gagnj sur le repas convivial, d½une

heure ou deux ou plus mkme, en famille etÉou

entre amis, comme ce fut l½usage µuotidien

jusµu½aux annjes 70, mre vulgaire, du simcle der-

nier¶

Mais il sert les intjrkts de ceux µui gagnent gros

en faisant travailler les gens de la faXon la plus

rationnelle possible, dans les bureaux comme

dans les usinesÆ il sert D promouvoir et D justi-

fier le recours D la bouffe rapide, prjparje en

usine, truffje d½ingrjdients appjtissants µui per-

turbent le mjtabolisme et engraissent le corps.

La malbouffe si rjpandue en Occident, expres-

sion purissime du mode de vie jtats-unien, a

pour moteur un utilitarisme jconomiµue aux

antipodes des pratiµues „irrationnelles“, comme

la culture culinaire.

Ce mode de vie rjgit djsormais nos 24 heures.

Il accorde des avantages µui n½en sont pas, en

vjritj.

La malbouffe, par exemple, ne djtjriore pas

seulement le physiµue, mais rjduit les chances

de tisser des liens amicaux, de discuter et de

confronter des arguments, d½approfondir des

sujets d½intjrkt gjnjral, de djbattre des enjeux

politiµues. La malbouffe fait trms probablement

davantage de victimes µue le tabac et toutes les

drogues rjunies, mais au nom du rendement

jconomiµue, on l½encourage partout, D l½en-

treprise pour commencer, puis dans les jtablis-

sements publics et privjs D cantines, et enfin

dans l½espace-loisirs: c½est „bon marchj“ et „ra-

pide“.

Mitterrand, visionnaire parfois, avait senti le

danger et indiµuj le remmde. Il faut donner du

temps au temps, dit-il en citant un vieux pro-

verbe.

% Promjthje, fais une jtincelle encore au nez

et D la barbe de Zeus, accorde-nous la faveur de

rjapprendre D donner du temps au temps ... et D

une bonne tablet

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N°183