e cherchais une auberge au bord
de la Loire. C¿jtait au mitan des
annjes 1970. En ce temps-lD, je
faisais du camping et passais
chichement mes vacances. Parfois
je me permettais un djjeuner,
comme la chante Jean Gabin, dans une
gargote au bord de l½eau, µuelle ne fut pas
ma surprise d½en trouver une prms d½Ussj,
dont la carte des menus, pas trop chers,
promettait de belles agapes. Ce fut le cas.
Sandres, brmmes ou truites, Sancerre, Chi-
non ou Pouilly fumj, on ne savait µue
choisir. En ces temps bjnis, l½on offrait en-
core le p@tj et le fromage D discrjtion. Une
grande terrine de p@tj, un plateau de fro-
mages, l½on se servait soi-mkme tant µu½on
voulait. La gastronomie de terroir, go×teu-
se et raffinje, ouverte D toutes les bourses,
relevait de tout un art de l½hospitalitj, de
la politesse, de la civilitj. Cette sorte de
munificence et de gratuitj a aujourd½hui
disparu, comme tant de choses, comme au
printemps les hannetons µui tombaient
des arbres et µu½on recueillait D pleines
mains, comme les odeurs capiteuses µui
imprjgnaient jardins et potagers, comme
la saveur mjmorable des mets. Avec cela,
bien s×r, la gjnjrositj, dont on ne regret-
tera jamais assez la chaleureuse simplicitj.
+u½est-il arrivj¶ Ce µu½on appelle le pro-
grms, D savoir la nouvelle agriculture et la
nouvelle cuisine. Les fast-foods ont ruinj
les bonnes auberges, l¼jpandage des pesti-
cides, herbicides et fongicides, a djsertifij
ou acidifij les sols, jradiµuj vers et colj-
optmres, les fruits et ljgumes insipides et
calibrjes ont djtruit les mille et une varij-
tjs dont la terre jtait prodigue, l¼jlevage
intensif a empirj la condition animale. On
s½en est rendu compte dans les annjes
1970, mais c¿jtait en route depuis l½aprms-
guerre. Rarement la nature et l½animal
n½auront jtj aussi gravement violentjs, si
opini@trement outragjs. Dans son fort
jmouvant hommage au monde rural,
¹/er-
re natale] eÝerViVes de «ijtjº
(Gallimard),
Jean Clair se djsole de la disparition d½un
humanisme fondj sur le respect de la terre
et, bien s×r, de l½animal: „Les gyptiens
adoraient les vaches et avaient fait d½elles
des porteuses d½yeux admirables. Nous en
avons fait des usines D fabriµuer du lait,
des outres de cuir sur lesµuelles nous vis-
sons des pompes aspirantes - avant d½en
faire des viandes µue nous djbiterons D la
scie, l½animal respirant encore.“ +ui n½a
subi de ces images rjvjlant l½horreur des
abattoirs et des conditions d¼jlevage, in-
soutenables consjµuences de l½agriculture
industrielle et de la production de masset
Mais jgalement signe d½un inµuijtant
abaissement moral, car le mjpris de l½ani-
mal est aussi, pour ceux µui le supplicient
et l¿jµuarrissent, une forme de djshumani-
sation. Avec l½arrivje de la nourriture in-
dustrielle, avec la mise en coupe rjglje de
l½agriculture par les multinationales de
l½agrochimie, avec l½agrobusiness du
Jean 1orrente
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N°183




