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cce£t aiu
N°180
epuis toutes les épreuves
qu’elle a vécues D la suite de
la conqukte de son territoire
par la France jusqu¼D la
longue guerre qui les a oppo-
sées, jusqu¼D son indépen-
dance en juillet 1È2, l’Algérie n’a jamais
cessé de mener des combats pour sa sur-
vie.
’avait-t-elle pas subi la pire des horreurs
ayant marqué la chair et la mémoire de
tous les Algériens¶ Car qui aurait pu ou-
blier cette décennie noire qu’elle a vécue
dans la plus grande des solitudes, les nati-
ons, grandes ou moins grandes ayant déci-
dé de fermer hermétiquement leurs portes
pour ne pas entendre les cris des hordes
sauvages et les appels au secours des mil-
liers de victimes innocentes dont ceux que
j’appelle les porteurs de mots et les por-
teurs d’espoir, tous ceux portant en eux les
projets de fraternité et de progrms. Dispa-
rus D jamais. C¼était il y a 20 ans. Une
longue période de cauchemars pour le
peuple algérien. Des traumatismes jamais
guéris.
Et pendant les 20 ans qui ont matérialisé
le rmgne du Président Bouteflika, aprms ce
cycle infernal de trauma, la machine infer-
nale de la duperie et de la corruption s’est
installée confortablement et durablement,
dans l’impunité la plus complmte. Des pra-
tiques machiavéliques de la part des diri-
geants et de leurs représentants sur tout le
territoire national qui ont fini par museler
ce peuple, au destin marqué par la violen-
ce. Mais un miracle s’est produit: le sur-
saut spectaculaire de ce peuple qui a mis
en émoi la classe dirigeante. Les Algériens,
unanimes, ont exprimé le rejet total et
sans conditions de celui qui a causé la rui-
ne du pays, avec ses fidmles comparses! Un
cycle de marches imposantes s’est mis en
place auxquelles participent sans faiblir
des millions de citoyens, enfants compris.
Demain, vendredi 20 juin 201, s’effectue-
ra la 1nmme marche de la Paix, depuis cel-
le du 22 février dernier. Une marche déter-
minante D l’approche du 5 juillet, date cé-
lébrant le 5Çmme anniversaire de l’indé-
pendance. Un trms grand voyage en som-
me, inédit, sur tous les fronts, quelles que
soient les frontimres, exemplaire, devant
déboucher sur une nouvelle Algérie: celle
du progrms, de la justice et de l’intégrité.
Espoir vécu et entretenu, en permanence,
par tous les Algériens, dans le pays ou ail-
leurs, suscitant la sympathie et l’admirati-
D
on des nations. La peur et l’apathie de
tout un peuple sont loin derrimre! Seuls
demeurent, aujourd’hui et demain: Une
spectaculaire solidarité et un slogan qui
vaut son pesant d’espoir: la paix!
o
L’année 1Ç tire D sa fin. Il y a trois mois
encore, je me trouvais en AlgérieÆ j’y avais
passé deux mois entiers entre Alger, la ca-
pitale, et Sada, ma ville natale. Ce n¼étai-
ent pas des vacancesÆ il y a longtemps que
je place ce mot joyeux entre des guille-
mets. Pour qu’on ne se trompe pasÆ pour
que je ne me trompe pasÆ je ne me rends
pas chez moi pour y passer des „vacan-
ces“: je pars en Algérie pour aller serrer
dans mes bras ma vieille mmre, ma géné-
reuse s ur, retrouver tous mes frmres et
s urs, la famille, les voisins, les amis et
tous ceux que je connais et ceux que je ne
connais pasÆ parce que le plus souvent, je
pleure ceux que je ne connais pas, ceux-lD
mkmes qui meurent en série, fauchés par
des lames aveugles qui n’ont plus besoin
d¼ktre aiguisées. Le travail est trop facile,
l’offrande trop visible.
Je retourne toujours sur mes pas, comme
pour me faire pardonner mes départs.
+uand je vais me recueillir sur la tombe
de mon pmre, aprms avoir rageusement re-
foulé mes sanglots q n’est-il pas pénible,
n’est-il pas trop injuste d¼ktre lD, debout
devant la demeure silencieuse d’un ktre
qui fut trop grand, trop vivant, aujourd’hui
inerte, caché, séquestré par la mort¶ q, je
ne pars jamais sans me retourner plusieurs
foisÆ pour lui dire, comme il m’avait appris
D le faire pour les autres: „Tu vois, je ne
pars pas pour toujoursÆ je ne t’oublie pasÆ
je reviendraiÆ car les morts n’aiment pas
qu’on les quitteÆ ils vous suivent du re-
gardo“. Il ne faut surtout pas briser ce fil
ténu, ce fil qui relie l’enterré au vivant, je
devrais dire au mort-vivant.
Mon pays me semble peuplé de morts en
sursis, de vivants en sursis, et je retourne
régulimrement chez moi comme pour me
convaincre de cette réalité tissée par des
mains qui ne savent plus que griffer, lacé-
rer, déchiqueter. Et je retourne chez moi
pour ktre s×re de retrouver les miens, ou
plutôt de peur de ne plus les retrouverÆ
ombres éphémmres d’une vie tragiquement
bousculée. J’ai peur de vivre des moments
de douleur trop grande, puisque vivre
dans mon pays, en ce moment, veut dire
surtout subir. Je voudrais voir, pourtant,
vivre ce peuple d’enfants, de femmes et
d’hommes, nés entre le soleil, la mer et le
désert, D la répartie, au geste, au regard, au
sourire, toujours prkts D vriller la paroi de
l’indifférence. Ce peuple veut vivre et moi,
je souffre de ne plus le voir vivre. L¼été
1Ç n’est pas trms loin et déjD je veux rep-
artir pour les voir vivre, de peur de les voir
mourir, peu D peu, D la file, ou tous ensem-
ble. Je ne peux pas attendre l¼été prochainÆ
je ne peux plus attendreÆ ces nouvelles qui
me parviennent fracassent ma raisonÆ je
dois partirÆ c’est le début de l’hiver et les
vacances blanches pour les privilégiés et
tous ceux qui évoluent dans des cercles
tracés par la raisonnable normalitéÆ moi, je
m’apprkte D faire le bond, D dépasser les li-
gnes fermées, arrimées au c ur de la terre,
au c ur de cette normalité. Le vertige
m’attire vers ces lignes en pointillés qui
délimitent les territoires de la peurÆ terre
friable, terre malléable, vase prkte D l’em-
ploi. Je veux partir pour embrasser ma vie-
ille mmre et serrer ma fragile s ur dans
mes bras et revoir tous les miens, mes frm-
res et mes s urs, mes voisins, mes amis,
ceux que je connais et ceux que je ne con-
nais pas. J’ai peur de ne plus revoir ma vie-
ille mmreo Et je m’en vais comme si j’al-
lais, D la fois, vers l’ultime bonheur et vers
la suprkme douleur. Je cours, je vole! Ce
voyage était inattendu de ce côté-ci com-
me de lD-bas: lD-bas, c’est l’appréhension:
pourquoi me déranger, troubler ma quié-
tudeo. Mais est-ce que je suis quimte, moi,
sur ces territoires de la normalité¶ e
suis-je pas de lD-bas avant tout¶ Terre per-
méable, j’ai transporté avec moi, senteurs
et couleurs, mais aussi toutes les douleurs.
J’arrive et je veux voir vivre. Les gens vi-
vent tout autour de moiÆ ils circulent, sou-
rient et rient mkme aux éclats! Ils bougentÆ
les enfants s¼ébattent et ne ferment plus ja-
mais leurs yeux. Ils veulent VIVRE! Mon-
ter la vie D califourchon, la fouetter: „Plus
vite, plus vite encoreÆ nous n’aurons ja-
mais assez de temps pour vivre.“ Ils cara-
colent, grands et petits, traversent la place
publique avec grand bruit, se croisent et se
recroisent. Le mouvement perpétuel de la
vie.
De quoi devrais-je alors avoir peur¶ Mais
j’ai peur tout soudain, et ceux que je regar-
dais avec attendrissement, je ne les vois
plus qu’avec ressentiment. Ils vivent avec
des masquesÆ ce ne sont pas ceux que je
connaissais: les bons, les purs, les nobles.
Les oripeaux du recul me frôlent, nar-
quois, D chacun de mes pasÆ avec eux, en-
ica ¨æaRaci
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