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Ç

cce£t aiƒu

N°180

ment de nos victoires sur les Arabes parce

que je m’attriste D leurs revers. J’aime ce

peuple @pre, persistant, vivace, dernier ty-

pe des sociétés primitives et qui, aux hal-

tes de midi, couché D l’ombre, sous le ven-

tre de ses chamelles, raille en fumant son

chibouk, notre brave civilisation qui en

frémit de rage.“ Il résume son périple en

ces termes: „Tu me demandes si l’orient

est D la hauteur de ce que j’imaginais.

la

hauteur, oui, et de plus il dépasse en lar-

geur la supposition que j’en faisais. J’ai

trouvé dessiné nettement ce qui pour moi

était brumeux. Le fait a fait place au pres-

sentiment, si bien que c’est souvent com-

me si je retrouvais tout D coup de vieux rk-

ves oubliés.“ L’hospitalité, l’assurance

tranquille des autochtones, leur manimre

particulimre de disposer du temps, j’allais

moi aussi les connaŠtre. Je me souviens

que l’autobus qui transportait les touristes,

dont j¼étais, vers Saqqarah avait fait une

halte dans un village. ous étions tous

descendus pour nous dégourdir les jam-

bes. J’avise un petit groupe de vénérables

messieurs installés D la terrasse d’une an-

cienne b@tisse un peu délabrée. Assis sous

un auvent approximatif, ils boivent du thé

et fument tranquillement. Je les salue.

Mais alors que je ne m’attends pas D ce

qu’ils me retournent la politesse, voilD

qu’ils me prient de les rejoindre. L’un

d’entre eux s’est levé, me verse du thé

dans un vieux verre ébréché et, me ten-

dant en mkme temps sa pipe, m’offre de

son narguilé. Il y a des invitations qui ne

se refusent pas. J¼étais un parfait inconnu,

un Européen en vacances comme il y en a

tant, ignorant des usages, des m urs, de la

langue, de la culture arabo-musulmane je

ne voyais que pyramides, temples, sites ar-

chéologiques, sculptures égyptiennes®, et

j¼étais reXu comme une ancienne connais-

sance, un familier, un lointain parent.

C¼était dans les années 1™n0. Il est peu

probable que rmgne encore la mkme convi-

vialité depuis les attentats sur l’esplanade

du temple funéraire de Hatchepsout qui fit

tant de morts. D’ailleurs, pendant mon

voyage, au retour vers Le Caire, l’autobus

fut caillassé par des enfants surgis de nulle

part. tait-ce le signe avant-coureur de

l’hostilité D venir¶ Mais l’anecdote ne rend

pas compte de l’émotion réelle ressentie.

Ce que celle-ci avait d’intense et d’unique,

devenu abstrait, s’est dissipé, puis estom-

pé. Peut-ktre est-ce quand on s’efforce de

la retrouver qu’on s’invente de faux souve-

nirs, car il est une dimension qui échappe

D leur intelligence, c’est le temps, l’intensi-

té vécue de l’instant. „Les lieux, écrit Mar-

cel Proust, que nous avons connus n’ap-

partiennent pas qu’au monde de l’espace

oÙ nous les situons pour plus de facilité.

Ils n’étaient qu’une mince tranche au mi-

lieu d’impressions contiguls qui formaient

notre vie d’alorsÆ le souvenir d’une certai-

ne image n’est que le regret d’un certain

instantÆ et les maisons, les routes, les ave-

nues, sont fugitives, hélas, comme les an-

nées.“ Il en est ainsi de nos voyages qu’on

avait crus inoubliables.

e težp˜e |unpraire de at\hepÓout