eureux qui, comme Ulysse, a fait un
beau voyage,
Ou comme cestuy-lD qui conquit la toi-
son
Et puis est retourné, plein d’usage et de
raison,
Vivre entre ses parents le reste de son @ge.“
Joachim du Bellay, ce doux pomte du 8VI
e
, fut un
sage. Il avait compris que l’Homme occidental sur-
tout¶® n’est heureux qu’aprms avoir assouvi sa curio-
sité, son besoin de savoir.
Encore que. On peut certes supposer Ulysse heureux
en retrouvant Pénélope aprms tant d’errances,
d’épreuves et d’aventures, mais l’était-il, dis, Ho-
mmre¶ Heureux, Armstrong et Aldrin, eux qui purent
fouler le sol lunaire il y a cinquante ans, alors que
Collins dut tourner en orbite¶
Heureux, ceux qui vont partir en vacances demain
ou la semaine prochaine avec un Ulysse-tours ou un
Ulysse-randonnée¶ Ah! le grand héros, pourtant
futé, n’avait pas déposé sa marque il y trois mille
ansÆ elle est donc trms prisée des marchands du
pas-cher et du all-in. Il est vrai que le roi d’Ithaque
n’a pas connu la Thalande, ni mkme les Canares,
plus faciles D joindre que Lampédouse. D’ailleurs, il
n’y a rien D voir du côté de Lampédouse, circulez,
oubliez Rackete et sa cargaison de migrants. Au fait:
combien avaient-ils payé ces salauds de passeurs
avant d’ktre recueillis par le Sea-Watch¶ Davantage
que le ticket Paris- ew 9ork¶
Pour ne pas broyer du noir alors que le moment est
venu de chercher les bienfaits de l’été, ailleurs si pos-
sible, voici une idée: le voyage dans le voyage.
Vous partez pour la Grmce ou la Toscane ou l’Anda-
lousie ou la Côte ou ailleurs, qu’importe, il faut juste
que l’endroit et ses gens vous accordent la sérénité,
cette antichambre du bonheur. Et lD, vous sortez le
gros bouquin qui vous propulse en terra incognita.
Le Luxembourg que Denis Scuto re-visite dans une
histoire contemporaine déclinée en Ç0 chroniques
passionnantes D re-lire beaucoup on paru dans le
/a}eLlatt
depuis 2015® est en effet nouveau, „diffé-
rent“.
Gilbert Trausch s’était déjD démarqué des hagiogra-
phes luxembourgeois, des historiens désireux de pré-
senter le grand-duché sous son meilleur jour depuis
1n15, 1n3, 1nÈÇ, 11, 1{5. Des années clés cer-
tes, mais qu’il faut désormais insérer honnktement
dans le flux de la vie politique, culturelle, indus-
trielle, sociale, démographique, flux agité, tour-
menté, rarement tranquille.
Denis Scuto possmde l’art du narrateur que l’on
écoute avec attention, qu’il parle des traités, des réfé-
rendums, des collaborations ouvertes ou tacites, des
l@chetés, des détournements de la vérité profonde,
des excms du catholicisme triomphant, de la langue
et des mythes, de l’hypocrisie et de la duplicité dans
l’aprms-guerre, des réfugiés juifs dans les années 30,
de la nationalité et de la citoyenneté, du mauvais pli
identitaire, de la réalité sociale, du dilemme de
1{0 ...
+u’il soit permis D votre serviteur de recommander
cet ouvrage comme le „must“ pour les meilleurs se-
maines de juillet, ao×t et septembre. Emportez-le,
mais n’oubliez pas l’un ou l’autre roman policier: qui
apprend, doit aussi se détendre.
Alvin Sold
enis -cuto, 1ne istoire conte«oraine `u
uÝeLour}Æ
1ni.lu,Ó et on`ation ,oLert
rie«s, aÛec l½a««ui `e la on`ation Þ`ie -chit,
ÈÇÇ «a}es, reka-«rint, - Çn-Ó-£än-£È-x®
VoÞa}eoà e terre
icoÕe °°°
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1¨aire fit¨rial
N°180




