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cce£t aiu
N°166
pourra go×ter de l’arbre de vie, dont on se
souvient qu’il en fut privj au Paradis. ,j-
sumons: la rjvolution numjrique est en
marche et, comme un rouleau compresse-
ur, jcrase les vieux ancrages humanistes et
ses dogmes libjraux; le monde mjdical, de
nanotechnologies en manipulations bio-
chimiques, est en jbullition, les Diafoirus
et les Dr Knock du gjnie mjdical rivali-
sent d’imagination pour promettre monts
et merveilles; l’arraisonnement de l’hu-
main par la technique, thjorisj en son
temps par Martin eidegger, trouve son
aboutissement dans l’assomption de l’in-
telligence artificielle, ce golem connectj
d’un nouveau genre. ,appelons que, dans
la ljgende, le golem est un embryon fait de
terre glaise, un humanode ou homuncule
magique animj, qui a, entre autres, inspirj
les frmres Grimm ou Mary Shelley pour
son fabuleux Frankenstein, et tant de cinj-
astes, de Julien Duvivier D Ace Cruz. Ce
serait le Maharal de Prague (1x1Ó-1609)
qui le premier l’aurait crjj D partir de l’al-
phabet hjbraque formant, dans le ivre
de la crjation, l’un des noms de Dieu.
Dans la mystique juive, les recettes q let-
tres et pratiques magiques q pour crjer
l’homoncule visent, selon Gershom G.
Scholem, D produire des ¹jtats extatiques
de conscienceº. Mais dans la ljgende, le
golem est une crjature autonome façon-
nje pour assister et djfendre, en l’occur-
rence contre le pogrom, son crjateur. Nj-
anmoins il ne sait parler ni n’a de libre ar-
bitre, handicap que l’intelligence artificiel-
le et les robots d’aujourd’hui ont passable-
ment comblj. On les voit d’ailleurs rem-
placer les humains un peu partout. ’on
imagine, sans peine, ce que sera le monde
de demain avec l’intelligence artificielle
aux manettes et des milliards d‘ktres hu-
mains bien s×r djs uvrjs, mais remode-
ljs, surveilljs, manipuljs, dirigjs D sa gui-
se. ’anthropocmne, comme on se propose
de caractjriser la pjriode oÙ l’homme est
devenu lui-mkme une force gjologique, D
peine entamj, va cjder la place D un ¹da-
tacmneº, une mre post-humaine, oÙ l’hu-
main sera en soi devenu superflu. C’est
que la belle utopie tant vantje risque, au
bout du compte, de se transformer en une
dystopie pire que celle imaginje par Al-
dous uxley: il n’y aura en rjalitj plus
personne pour jouir d’une vie humaine-
ment vjcue. Car, D y regarder de prms, c’est
bien le problmme qui est posj: que signifie
une vie humainement vjcue dans le cyber-
monde D venir¶ st-elle seulement possi-
ble¶ +ui, du reste, mkme aujourd’hui, s’in-
tjresse encore D une vie humainement vj-
cue¶ On mesure D quel point la rjvolution
numjrique et toute la technologie infor-
matique sont susceptibles de ruiner les an-
ciennes catjgories qui djfinissaient l’hu-
main, la vie, le vivre ensemble, et donnai-
ent un sens au monde. Pour le coup, le
progrms, cjljbrj par les apprentis sorciers
de l’algorithme, offre des possibilitjs qui
djpassent l’entendement. Ce sont autant
de bombes D retardement. Il n’est pas s×r
qu’on y soit prjparjs.
Dans la ljgende, pour donner vie au go-
lem, son crjateur a inscrit sur son front le
mot M T qui signifie ¹vjritjº et glissj
dans sa bouche un parchemin avec le nom
ineffable de Dieu. Pour l’arrkter et le dj-
truire, il lui faut effacer la premimre lettre
pour laisser le mot M T qui signifie
¹mortº. Comme les fake news ont depuis
belle lurette remplacj la vjritj, on peut
s’inquijter de ce qu’il adviendra, en cas de
bug ou de grand crash informatique, des
surhommes ou immortels que nous som-
mes censjs devenir. Peut-ktre ne serons-
nous, sans le savoir, rien d’autre que des
golems en sursis




