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ai

68,

av-

ec

un

ma-

juscule,

apparaŠt

depuis plusieurs dj-

cennies comme un

„mythe“,

abreuvj

de slogans qui mar-

qumrent

l’incons-

cient collectif, tels

que „Sous les pavjs

la plage“ ou „Il est

interdit d’interdire“.

Cet jvjnement ma-

jeur de la fin des

annjes 60, tant sur

le plan sociocultu-

rel que socijtal, qui

s’apprkte D ktre

commjmorj en

grande pompe et

imitj notamment

par les protesta-

tions estudiantines

actuelles, est un

tournant djcisif qui

n’est cependant pas

nj en 1968: il s’est

nourri de toute une

contre-culture artis-

tique (chanson, tj-

ljvision, sjrie ani-

mje) en plein essor durant toute la djcen-

nie, et qui a prjparj l’esprit de “Mai 68».

Bibia Pavard note dans le volume rjcem-

ment paru dans la sjrie “+ue sais-je?»,

que la crise de 1968, loin d’ktre une crise

franco-franXaise, est djsormais perXue

comme participant d’un “jvjnement-

monde

1

» s’insjrant dans une perspective

internationale, transnationale voire glo-

bale par les effets structurels qui sont des

djnominateurs communs aux diverses

protestations dans le monde . L’annje

1968 est en effet marquje par une sjrie de

mobilisations voire de rjvoltes sur tous les

continents, qu’il s’agisse du “printemps de

Prague», du mouvement jtudiant D

Mexico, au Japon ou au Sjnjgal, de l’as-

sassinat de Martin Luther ing, sans ou-

blier le mois de “mai rampant» italien as-

sociant mouvements jtudiant et ouvrier.

De plus, comme le souligne la mkme Bibia

Pavard, “l’impression de simultanjitj est

favorisje par le caractmre juvjnile de la rj-

volte. La place des jeunes dans la socijtj

et leur visibilitj nouvelle rjsulte de trans-

formations sociales importantes

2

“. La gj-

njration du baby-boom se politise dans la

seconde moitij des annjes 1960.

cela

s’ajoute le fait que le cinjma ou l’industrie

de la musique produisent des stars aduljes

qui se confondent avec leurs personnages

rjvoltjs, de Marlon Brando D Elvis Presley

en passant par James Dean, Marilyn Mon-

roe ou Brigitte Bardot: „la gjnjration du

baby-boom grandit ensuite en mkme

temps que la socijtj de consommation et

communie dans des pratiques culturelles

(…) qui contribuent D forger un sentiment

d’appartenance. (…) Si cette culture jeune

planjtaire n’a rien de politique en soi, elle

porte en elle une rjvolte contre la socijtj

adulte qui se manifeste plus ou moins vio-

lemment, D travers la musique ou la mode

et pouvant s’accompagner de la critique

d’ordre social

3

“. Pour cette gjnjration, il

s’agit aussi du rejet de la „domination rap-

prochje“ selon l’expression employje par

la sociologue Dominique Memmi (nje en

1953; actuellement

directrice de recher-

che 1re classe au

CNRS) dans son ar-

ticle “Mai 68 et la

crise de la domina-

tion rapprochje»,

voulant dire par lD

que les jeunes

contestent les rap-

ports d’autoritj et

la puissance d’insti-

tutions telles que la

famille, la religion,

l’jcole ou l’entre-

prise. Notons enfin

que Julie Pagis

(chercheuse en so-

ciologie politique

au CNRS) a identi-

fij quatre “matri-

ces» principales ex-

pliquant l’engage-

ment des “soixante-

huitards», au nom-

bre desquelles figu-

rent la famille, la

socialisation reli-

gieuse, la trajectoire

sociale ascendante,

enfin le djcalage

entre les aspirations

personnelles et les

contraintes sociales

(ce qui touche par-

ticulimrement les jeunes femmes). +uelle

est la place de la chanson dans un tel

schjma?

1˜i Vo˜ÌÀi‡VՏÌÕÀi

i˜ V…a˜Ão˜

Dans les annjes 60, la chanson, malgrj ses

allures de distraction ljgmre et anodine, a

largement uvrj pour faire craqueler une

civilisation et une culture de plus en plus

contestje, et ce par une remise en ques-

tion en apparence bjnigne – quoique fon-

damentale: „sous la mjlodie, le texte“

pourrait-on dire en pastichant un des slo-

gans-phares de Mai 68t Il ne s’agit pas ici

de rouvrir le djbat portant sur le fait de sa-

voir si la chanson est un art mineur ou un

art majeur (ce dernier enflamma jadis le

djbat entre Serge Gainsbourg et Guy

Bjart dans un moment d’anthologie tjljvi-

suelle datant de 1986, sur le plateau

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N°168