Previous Page  9 / 28 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 9 / 28 Next Page
Page Background

™

cce£t aiƒu

N°169

Frjdjrique Vidal, l½actuelle ministre de

l½enseignement supjrieur en France et spj-

cialiste de la gjnjtique moljculaire qui di-

rigeait l½Universitj Nice-Sophia-Antipolis

depuis mai Ó01Ó quand Emmanuel Ma-

cron l½a fait entrer au gouvernement en

mai Ó017, a affirmj que sa loi baptisje

ORE mettrait fin D la „sjlection par

l½jchec“, quand ses djtracteurs djnonXai-

ent l½introduction d½une „sjlection“ pure

et simple: „Chacun le voit bien: la massifi-

cation s½est faite, D l¼jcole comme D l½uni-

versitj. Mais la djmocratisation reste D fai-

re: l½accomplir et la rjussir, c½est lD le djfi

qui s½offre D nous. Et c½est la raison pour

laquelle, au-delD des dysfonctionnements

inacceptables qu½a connus la procjdure

d½entrje dans l½enseignement supjrieur, le

Gouvernement a souhaitj construire un

plan Etudiants qui saisisse dans sa globali-

tj la question de l½accms aux jtudes supj-

rieures, dans ses composantes pjdagogi-

ques, mais aussi matjrielles“ a-t-elle affir-

mj dans son discours du 15 fjvrier Ó018.

Tout en rappelant l½ambition, pour le gou-

vernement, de rjduire le taux d¼jchec en

premimre annje qui avoisine les È0¯ et de

supprimer le tirage au sort pour les filimres

en tension, elle s½inquijtait d½une „radica-

litj jtendue“ ainsi que de la „montje

d½une certaine violence, lije D ce que des

partis politiques comme LFI ou le Front

national ont repoussj les limites de l½extrj-

misme“. Elle a par ailleurs considjrj le

blocage des centres d½examen comme

„une faXon d½entacher l½image de la France

D l½international“ voire comme „une vo-

lontj de discrjditer le monde universitai-

re“.

ce discours qui se faisait clairement

la voix du chant macronien, on a par

exemple opposj le pouvoir discrjtionnaire

accordj aux prjsidents d½universitjs sur le

choix de leurs jtudiants de premimre an-

nje de Licence mais aussi de Master. Le

projet du gouvernement, s½il jtait censj

mettre fin aux absurdes procjdures de tira-

ge au sort auxquelles certains prjsidents

d½universitjs s¼jtaient rjsolus ces dernimres

annjes par manque de places et de moy-

ens, ne fait plus du baccalaurjat un sjsa-

me pour l½enseignement supjrieur, ce qui

met D mal le principe essentiel de libre ac-

cms D l½universitj.

Le cas des protestations jtudiantes du

printemps Ó018, qui voient s½opposer le

discours officiel incarnj notamment par

Frjdjrique Vidal et un certain discours li-

bertaire djpositaire d½une aspiration luci-

de au libre exercice du choix (universitai-

re), mettent en jvidence le djroulj de

deux logiques parallmles qui, D l½instar des

droites parallmles de la gjomjtrie classique

ne se coupant pas, n½ayant aucun point

commun (mkme si on les prolonge D l½infi-

ni), semblent entjriner entre elles un dj-

samour sourd. +ue faire dans cette situati-

on semblable D une voie sans issue, D une

angoissante aporie¶ Selon le philosophe

allemand Nietzsche, pour ktre heureux, il

faut dire „oui“ D la vie, „oui“ D son destin

(ce qu½on appelle „amor fati“). Il ne s½agit

pas ici d½un „oui“ passif ou rjsignj, mais

d½un „oui“ franc, joyeux, actif qui marche

vers son destin la tkte haute. La solution,

en demi-teinte, au sein d½un milieu univer-

sitaire divisj entre les rkves et les aspirati-

ons des uns, et les djmonstrations de pou-

voir des autres, est peut-ktre D ce prix: un

„oui“ D l¼jvolution, au destin, mais aussi

un „oui“ au fait de ne pas „se contenter de

supporter l½injluctable, et encore moins se

le dissimuler“ pour reprendre les termes

de l½auteur d½„Ecce Homo“.

i Sartre (J.-P.),

½ tre et le jant

, Paris,

Gallimard, 197È, p. 1Î4-1Î5.

ii Merleau-Ponty (M.),

*hjnœmjnœlœgie

de la perceptiœn

, Paris, Gallimard, 1945,

p. 491-49Ó.