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ai È8-mai Ó018: bis repeti-

ta placent¶ Les rkves et les

revendications des jtu-

diants de mai Ó018 ne

sont pas sans rappeler

dans un premier temps

ceux qui se traduisirent par les mouve-

ments de grmves en France contre le plan

Juppj de 1995, et surtout les cjlmbres „jvj-

nements“ qui se djroulmrent il y a 50 ans,

mais dont les rjfjrences sont le plus souv-

ent inexistantes. L½enseignement supjrieur

s½est djmocratisj, les universitjs accueil-

lent de plus en plus d¼jtudiants dont le

discours libertaire se heurte njanmoins

aux hostiles rjalitjs sociopolitiques qu½in-

carne par exemple la loi „Orientation et

rjussite des jtudiants“. Tentons une radio-

graphie de ce djsamour.

„L½Universitj a longtemps constituj

l½exemple presque parfait d½une ½instituti-

on¼ au sens traditionnel de ce terme,

c½est-D-dire d½une organisation reposant

sur des valeurs reconnues comme ljgiti-

mes et centrales pour la socijtjÆ jtroite-

ment associje D la classe dirigeante et gj-

rje selon des normes djcidjes par les au-

toritjs politiques centrales“ note Alain

Touraine, un des auteurs de l½article „Uni-

versitj“ de l½Encyclopjdie Universalis.

Avec le temps et l¼jvolution de cette insti-

tution, le ržle croissant de la connaissan-

ce, la rapiditj des changements jconomi-

ques et sociaux, l½extension de toutes les

formes de participation et de contržle so-

cial ont imposj au systmme universitaire

des t@ches si diversifijes qu½elles finissent

par ktre remplies par diffjrentes organisa-

tions. Or, le djveloppement de la connais-

sance, au 88e simcle et surtout depuis la

fin de la Deuximme Guerre mondiale, est

devenu un jljment essentiel de la survie

des socijtjs fortement industrialisjes, au

point de devenir l½objet de nombreux dj-

bats dans la mesure oÙ le besoin de diplž-

mjs est beaucoup plus important et oÙ la

demande en jducation, plus ou moins

clairement formulje, s½accroŠt. Le problm-

me des universitjs, devenu central D plus

d½un titre, peut se rjsumer D la question

complexe posje par Pascale Gruson (dans

le mkme article „Universitj“): „une organi-

sation qui correspond D une volontj de

djvelopper le progrms, mais qui est enga-

gje dans tous les conflits que suscitent ce

nouveau modmle de connaissance et le

problmme gjnjral de l½organisation sociale,

peut-elle trouver en elle-mkme – jtant

donnj les compromis auxquels elle se sou-

met et les diverses instances qui s½en rjcla-

ment - les moyens d½assumer et de provo-

quer des transformations qui en feront le

lieu d½un djbat social, lieu D la fois central

et critique, oÙ les problmmes inhjrents au

djveloppement de la connaissance comme

pratique sociale seront posjs¶“ L½on com-

prend mieux, formulje en ces termes, la

probljmatique pluridimensionnelle lije D

une institution-levier scientifique, culturel-

le, qualifiante, censje D la fois enseigner

les savoirs et favoriser l½intjgration voire

l½ascension sociale ou sociojconomique

du plus grand nombre. ljment charnimre

entre la formation disciplinaire qualifiante

et le marchj de l½emploi sous toutes ses

formes, l½universitj constitue l½espace de la

djmultiplication institutionnalisje de tous

les possibles, et par consjquent de tous les

fantasmes lijs au djveloppement (djpas-

sement) de soi et de sa situation sociopro-

fessionnelle. Entre l½estudiantin et l½uni-

versitaire se situe le politique, gestionnai-

re-rjgulateur de cette grande fabrique des

savoirs et des ktres, et djpositaire d½une

socijtj en constante mutation. Entre le rž-

le des uns et les aspirations des autres s½est

souvent creusj un fossj abyssal au cours

de l½histoire des socijtjs, ne serait-ce que

celle de la deuximme moitij du 88e simcle

jusqu¼D nos jours. Mkme si, selon la for-

mule djsormais consacrje, „l½histoire ne

se rjpmte pas, elle bjgaie“: les jvjnements

se font jcho, riment les uns avec les autres

sans pour autant constituer une projection

mimjtique D l½identique. Il n½en demeure

pas moins vrai que les jtudiants, prison-

niers de cette caverne (platonicienne¶) des

fantasmes et des illusions, perXoivent

souvent le discours politique comme pure-

ment rhjtorique et nullement axj sur les

difficultjs rjelles, diverses et varijes, qu½ils

rencontrent au quotidien. Le discours po-

litique, sans arriver aux extrjmitjs d½une

sorte de figure du Commandeur ou de pm-

re qu½il faut abattre, et surtout la loi „Ori-

entation et rjussite des jtudiants“ est con-

sidjrj comme une entrave @pre aux liber-

tjs d½autrui, comme une annihilation des

concepts de projet et de libre-arbitre,

pourtant constitutifs de l½jpanouissement

de l½ktre-pour-soi – c½est-D-dire celui qui,

selon Sartre, est capable de se rapporter D

lui-mkme, qui renvoie D l½ktre de la consci-

ence

i

– et de l½ktre-au-monde – thjorie de

Merleau-Ponty pour qui, avec la consci-

ence transcendantale, le sujet transcen-

dant reste finalement relij au monde, insj-

parable de celui-ci, mkme si cette fois-ci ce

rapport au monde reste transcendant: „Le

monde est insjparable du sujet, mais d½un

sujet qui n½est rien que projet du monde,

et le sujet est insjparable du monde, mais

d½un monde qu½il projette lui-mkme. Le su-

jet est ktre-au-monde et le monde reste

½subjectif¼¼ puisque sa texture et ses articu-

lations sont dessinjes par le mouvement

de transcendance du sujet

ii

„.

Discœurs libertaire et

discœurs «œlitiµue

Des discours de mai Ó018, comme en tj-

moignent les reportages auprms des (jtu-

diants) contestataires ou les diffjrents arti-

cles qui ont pu paraŠtre dans des organes

de presse s½attachant aux jvjnements qui

ont jgrenj une pjriode soumise aux agita-

tions estudiantines et syndicales, jmanent

globalement le rjcit de la construction de

l½homme, de son interrogation existentielle

permanente, la recherche d½une sorte de

philosophie appliquje et applicable, utile

aux hommes de son temps, offrant une so-

lution alternative humaniste, crjdible et

apaisje. Les jtudiants disent leur attache-

ment au „principe de l½individualitj“ jloi-

gnj des bricolages identitaires ou commu-

nautaires, leur souci de l½action, d½une

pensje pratique qui est au c ur d½une vie

jloignje de l½unanimisme de bon aloi et

jdulcorj. Leur message est solaire comme

le grand „oui“ nietzschjen D la vie. Il sem-

ble qu½entre la parole politique – jugje so-

phistique, disciplinaire et dominatrice, in-

strument de pouvoir et la parole estudian-

tine – considjrje comme personnelle et

subjective, esthjtique, empirique et huma-

niste, se creuse une incomprjhension

montrant que l½jvolution actuelle de l½uni-

versitj, plus clivante que jamais, constitue

une aporie entre „l½appel humain et le si-

lence djraisonnable du monde“ - pour re-

prendre la cjlmbre formule d½Albert Ca-

mus. Alors que le blocage des universitjs

est accusj de n½ktre qu½un djsordre public,

organisj par des militants rompus D l½exer-

cice, le printemps Ó018 a vu monter la

contestation de la loi „relative D l½orientati-

on et D la rjussite des jtudiants“ (ORE),

accusje d½instaurer la sjlection D l½entrje

de l½universitj, et d½une sjrie de rjformes

corrjljes, du lycje, du baccalaurjat et de

la licence, qui multiplient les parcours „D

la carte“ et risquent d½aggraver la sjgrjga-

tion sociale entre les filimres.

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isc¨ærs liRertaire et disc¨ærs ·¨litiÄæeb æn c¨æ·le ·arad¨ïal en äö¯tÅ

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N°169