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cce£t aiu
N°169
En 5e, donc dernimre
annje D l½ULg, les fu-
turs ingjnieurs avai-
ent des cours de droit
industriel, de sociolo-
gie dans l½entreprise et
d¼jconomie politique.
Lors de l½examen oral
en droit, en petit
groupe, le professeur
nous demandait de li-
re et d½interprjter cha-
cun un article du
Code civil qui se trou-
vait devant nous. Et le
professeur de nous di-
re aprms examen qu½il
pouvait discerner, au
vu des aptitudes des
candidats D analyser
les textes de Code ci-
vil, qui avait fait des
jtudes de latin. Ce
commentaire pour do-
cumenter que l½ap-
prentissage de langues
dites mortes, comme
le latin ou le grec ancien, n½jtend pas seu-
lement la culture gjnjrale de faXon consi-
djrable, mais peut apporter des avantages
bien pratiques.
Tout n¼jtait cependant pas parfait D l¼jpo-
que comme le montre le souvenir suivant.
Il jtait et il est sans doute de pratique cou-
rante que les jeunes diplmjs de l½univer-
sitj sont contactjs, peu aprms la remise des
diplmes, afin de rejoindre l½association
des anciens de la facultj. Votre auteur a
jcrit D l¼jpoque, et D la main, une longue
lettre de refus au responsable, reprochant
D une partie de l½enseignement un manque
flagrant d½esprit critique vis-D-vis des effets
de la technique sur la planmte. La raison
du courroux: dans le cours de thermody-
namique, matimre importante, il jtait indi-
quj que la consommation mondiale en
jnergie augmentait tous les ans de 7¯. Ce
qui veut dire un doublement tous les 10
ans. Et cela sans autre commentaire, sans
mise en garde sur cette progression folle
dont nous constatons mieux les effets au-
jourd½hui, 40 ans plus tard, sur le climat et
l½environnement en gjnjral.
es rkÛes
Depuis, il y a eu la rjforme du systmme
jducatif supjrieur sous le nom de „Bolog-
na“ qui permet aux jtudiants de se djpla-
cer plus facilement lors de leurs jtudes,
d½un pays D un autre. Mais qui a introduit
jgalement la notion de concurrence entre
les diffjrents jtablissements d½enseigne-
ment et de recherche. Les jtudiants sont
devenus des clients. Ce jeu est matrisj
parfaitement par les systmmes anglo-sa-
xons que d½autres ont bien copij. Et il est
dans la logique du systmme njolibjral que
le marchj de l½enseignement ne peut pas
ktre laissj au secteur public. On parle d½un
chiffre d½affaire de l½ordre de 4000 milli-
ards de dollars par an, dont environ Ó000
milliards pour l½enseignement supjrieur.
Donc l½enjeu vaut la chandelle pour l½in-
dustrie privje de l½enseignement.
Vous aurez compris que l½auteur n½est pas
convaincu du bienfait de toutes les rjfor-
mes. Mkme l½excitation actuelle portant
sur la digitalisation tous azimuts laisse
sceptique. L½humanitj a bien eu des Ein-
stein, des Goethe, des Kant, des Copernic,
des Avicenne et des Platon sans, oui, sans
ordinateur, sans iphone et sans twitter. Et
si vous faites attention D ce qui vous attire
lors de vos vacances, vous allez constater
que la plupart des choses qui vous don-
nent satisfaction ou attirent votre admira-
tion, n½ont rien ou trms peu D voir avec les
jvolutions des dernimres djcennies.
es critiµues
Deux experts de l½enseignement, deux voix
critiques confirmeront ce scepticisme. La
premimre est Diane Ravitch, la grande da-
me du systmme jducatif jtats-unien. Nje
en 19Î8 D Houston, Texas, elle est histo-
rienne, analyste des politiques de l¼jduca-
tion et professeur d½universitj. Elle jtait
jgalement ministre adjoint de l¼jducation
aux Etats-Unis de 1991 D 199Î. +ue ceux
qui sont tellement friands d¼jvaluations D
tout va dans nos systmmes lisent les con-
clusions de Diane Ravitch dans son livre:
T
he eath and ive v the reat Ameri
can -chl -Þstem\
w Testing and
hice 1ndermine ducatin
(Ó010), qui
est devenu un best-seller aux USA. Trois
ans plus tard, elle a sorti le livre:
Abut
,eign v rrr
(Ó01Î). Dans ce livre elle
s½insurge contre ceux qui djclarent le sys-
tmme jducatif amjri-
cain mort et sans
chance de rjcupjrer.
Dans un plaidoyer
passionnj, elle exige
d½arrkter le mouve-
ment de privatisation
des jcoles. Une telle
politique draine, selon
Ravitch, les jtudiants
et les financements du
systmme public. Avec
comme rjsultat un
systmme de sjgrjgati-
on, systmme qu½aucu-
ne socijtj humaine ne
peut souhaiter.
Et jcoutons, pour ter-
miner, Nico Hirtt,
professeur et syndica-
liste belge, nj en 1954
sur les bords de la
Moselle au Luxem-
bourg. Sur invitation
du syndicat SEW,
Hirtt a parlj en mars
Ó010 D l½Athjnje de-
vant un public de Ó50 personnes sur l½ap-
proche par compjtences en jducation. Il
jcrit: „L½approche par compjtences affi-
che la prjtention d½inciter l¼jlmve D intj-
grer l½ensemble de ses connaissances dans
une rjflexion globale et de former ainsi
des jlmves critiques et responsables, mais
de faXon selon moi totalement infondje.
Premimrement, pour intjgrer des savoirs, il
faut d½abord les matriser.
Or, l½approche par compjtences, non con-
tente de laisser dans le vague la nature des
connaissances D transmettre, ne rjpond en
aucune manimre D la question de la faXon
de faire accjder l½apprenant D la connais-
sance, D la comprjhension, D la matrise
thjorique.
D½autre part, je m½inscris en faux contre
une vision aujourd½hui fort D la mode qui
consiste D considjrer que l½on dispose
d½un esprit critique D partir du moment oÙ
l½on parvient D formuler un avis sur tout,
en particulier sur ce que l½on ne connat
ou ne matrise pas. Doter les futurs citoy-
ens de la capacitj d½ktre critiques et de
prendre leurs responsabilitjs dans un
monde de plus en plus complexe, cela sig-
nifie d½abord les armer des connaissances
qui donnent force pour comprendre ce
monde dans toutes ses dimensions: jcono-
mique, historique, culturelle, technologi-
que, religieuse, scientifique, o Et cela, Xa
passe forcjment par des savoirs.“
On ne pourrait mieux formuler nos pro-
pres apprjhensions. Paradoxalement, un
enseignement plus gjnjral, plus universel
est toujours dispensj, pour de bonnes rai-
sons, mais de plus en plus dans des jcoles
privjes, non accessibles au commun des
mortels. Et la privatisation de l½enseigne-
ment est le moteur de la sjgrjgation D long
terme. Des grmves seront donc toujours
njcessaires.




