n ce printemps Ó018, les jtu-
diants sont en grmve en France.
En 1975, nous jtions jgale-
ment en grmve en Belgique, D
Limge en l½occurrence. Les rai-
sons sont comparables, malgrj
les plus de 40 ans de djcalage: les efforts
des gouvernements de faire des jconomies
dans le secteur de l½enseignement supj-
rieur. Ce qui a comme consjquences un
contrle plus poussj des institutions uni-
versitaires et une exposition plus vaste de
l½enseignement aux financements privjs.
Et donc de l½influence du privj sur les pro-
grammes et les recherches.
-uÛenirs
En 1975, beaucoup d¼jtudiants belges ma-
nifestaient dans les rues contre la loi dite
„Humblet - de Croo“, du nom des deux
ministres responsables. L½objectif de cette
loi jtait, en gros, de rjduire les budgets
des universitjs en bloquant des engage-
ments de personnel, des promotions et les
salaires. Et en rjduisant l½accms des jtu-
diants aux subsides. La solution avancje,
D l¼jpoque djjD, jtait que les universitjs se
tournent vers le secteur privj pour djni-
cher des financements compljmentaires
que l½Etat ne voulait plus mettre D disposi-
tion. A l¼@ge de ÓÎ ans, d½une gjnjration
issue de la pjriode plus sociale et humaine
de l½aprms-guerre,
cela nous choquait.
Rendre l½enseigne-
ment supjrieur dj-
pendant de finance-
ments du secteur
privj jquivalait, D
nos yeux, D aban-
donner la libertj et
l½indjpendance de
l½enseignement et
de la recherche. Ce-
la jtait incompati-
ble avec notre visi-
on du monde, et ce
l½est toujours d½ail-
leurs. D½oÙ notre
participation, assez
solitaire au sein de
la facultj des sci-
ences appliqujes,
aux manifestations
dans les rues de la
ville de Limge.
Nous, c¼jtait mon
collmgue et ami luxembourgeois, Nico,
eto plus rien de notre groupe. Il faut dire
que les autres facultjs jtaient beaucoup
plus engagjes politiquement que les futurs
ingjnieurs. Mais pour bien marquer notre
point de vue, nous avons laissj sur nos
deux places vides dans la salle de cours un
carton plij bien visible, sur lequel jtait
marquj „En grmve“. Heureusement, et
c½est D l½honneur des professeurs de l¼jpo-
que, notre cavalier seul luxembourgeois ne
nous a pas apportj d½ennuis. On pouvait
mkme deviner un certain respect. Avec un
recul de plus de 40 ans, il faut constater
que notre engagement n½a pas rjussi D ar-
rkter la djferlante du njo-libjralisme, l@-
chje durant l¼mre Thatcher/Reagan dans
les annjes 1980. L½idjologie du njolibjra-
lisme s½est imposje depuis lors de faXon
brutale. Avec comme objectif djclarj d½of-
frir D l½exploitation privje tout ce qui jtait
gjrj jusque lD par le secteur public. Tom-
bent lD-dessous les infrastructures (auto-
routes, chemins de fer, tjljcoms, jnergie,
eau et assainissement, etc.), mais jgale-
ment l¼jducation, la santj, les retraites.
stalgies
Mais restons encore un peu avec l½univer-
sitj si diffjrente d½il y a 50 ans. A l¼jpoque,
le Luxembourg ne disposait pas encore
d½universitj nationale et les jtudiants s½en
allaient faire leurs jtudes dans le pays de
leur choix en Europe ou ailleurs. Un peu D
l½image des voyages de compagnonnage du
Moyen-@ge, voyages qui avaient une haute
valeur jducative. +uelle jtait D l¼jpoque la
relation entre le systmme jducatif luxem-
bourgeois et l½Universitj de l½Etat D Limge
(ULg)¶ En premimre annje, il nous est ar-
rivj, aprms plusieurs semaines de cours
communs, que nos collmgues belges ont
osj nous demander quelle note nous avi-
ons eue D l½examen d½admission D la facul-
tj. Nous tombions des nues, car nous
n½avions mkme pas entendu parler d½exa-
men d½admission. LD, c¼jtait aux collmgues
belges de tomber des nues D leur tour, eux
qui avaient d× se taper, aprms le bac, une
voire deux annjes de classes prjparatoires
en vue de ce fameux examen d½entrje.
Tandis que l½ULg admettait, sans examen
aucun, les jtudiants grand-ducaux munis
de leur bac de la section maths spjciales.
C½est dire l½estime que portaient les Belges
D notre enseignement. Cet arrangement
n½existe plus, depuis belle lurette, malheu-
reusement.
Autre impression qui est restje en mjmoi-
re: au bout de cinq annjes d¼jtudes et
d¼jpreuves intensives, l½ULg nous remet-
tait symboliquement notre diplme lors
d½une cjrjmonie officielle. Le vice-recteur,
qui jtait en mkme temps un de nos profes-
seurs principaux, ne nous parlait pas d½op-
portunitjs ni de „start-up“. Mais il nous
disait D peu prms ce-
ci: „Vous avez ap-
pris ces dernimres
annjes beaucoup
de choses en matim-
re de sciences et de
technologie. Mais
ne perdez jamais de
vue que dorjna-
vant, vous devrez
appliquer l½art de
l½ingjnieurt“ Et il a
insistj sur la notion
d½art en complj-
ment, pas en oppo-
sition, D la notion
de science. Je me
demande
au-
jourd½hui si les ro-
bots et les ordina-
teurs connaissent
cette notion de l½art
de l½ingjnieur¶
Une autre anecdote
d½un autre temps.
-uÛenirs et rkÛes
!icho ocoÏ
5niíersitps et s¨ciptp
{
cce£t aiu
N°169




