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N°164
l’on peut appeler la njvrose idjologique
qui fait jcran au rjel ou en tient lieu. e
pense notamment D la France, l’un des
pays les plus idjologisjs au monde, oÙ
l’on s’jpuise D plier sous les fourches cau-
dines de „l’idjologite“ les moindres pecca-
dilles. +ue de fesse-mathieu de la bien-
pensance, dopjs D la moraline, perdus de
djmagogie, qui, pour faire la leXon, se dj-
pensent dans le sophisme, les arguties et
les pjroraisons spjcieuses. D’un ctj,
Bourdieu, l’jvangile de notre temps, sous
le coude, de l’autre subjugujs par tout ce
qui vient des campus amjricains q le poli-
tiquement correct, le principe sjgrjgation-
niste des safe spaces -, les nouveaux Tris-
sotin de la culture et les Tartuffe chantres
de l¼ cumjnisme, n’ont plus d’autre pro-
jet socijtal que clivant et clivj. omme si
cela ne suffisait pas, c’est sous l’effet de
ces obscures bourdieuseries qu’ils en vien-
nent D suicider la langue, djsormais frap-
pje d’infamie. ’est assez drle de consta-
ter que la langue qui a portj la Rjvolution
soit devenue le champ de bataille de re-
vendications d’egos qui essentialisent ce
que justement ils prjtendent D cor et D cri
combattre. Langue fasciste et sexiste,
n’est-ce pas une raison suffisante pour
donner un sjrieux tour d¼jcrou D ce qu’on
croyait ktre autre chose qu’un instrument
de domination¶
On est loin djcidjment de ce que pensait
-artre quand il jcrivait que „la libertj hu-
maine prjcmde l’essence de l’homme et la
rend possible“. Il avait aussi cette belle
formule: „La libertj d’autrui transcende
ma libertj“. Levinas l’exprimait en terme
de „visage“ qui est D autrui ce qu’est la
courtoisie au vivre ensemble. La plus fas-
cinante des djfinitions reste D mes yeux
celle de ean- acques Rousseau, quand,
dans une page sublime du mkme ontrat
-ocial, il djmontrait qu’il n’y a de moral
que le fait d¼ktre libre. Hjlas, le combat
pour la libertj, djsormais obsolescente, a
cjdj la place D une guerre qui est celle, on
n’ose dire, des essences, ces essences qui,
au-delD du genre, peuvent ktre raciales,
ethniques ou religieuses. e sont des es-
sences qui, par djfinition, s’excluent les
unes les autres; l’on n’a plus qu’intoljran-
ce, stigmatisations, anathmmes, persjcuti-
ons. Le paradoxe est qu’au nom mkme de
ce qu’on djcrmte sans vergogne ktre la li-
bertj, on mette tout en uvre pour sur-
veiller, censurer, djnoncer, punir. On rjin-
vente le blasphmme sous la forme mjdiati-
que du djlit d’opinion et d’expression. On
cloue au pilori, via les rjseaux sociaux et
la presse stipendije, tout ce qui djroge
tant soit peu aux normes de rigueur. e
qu’on observe, consternj, il faut le recon-
natre, c’est que le retour de b@ton rjpres-
sif et l’hystjrie qui dans la surenchmre le
caractjrise, sont le fait de la gjnjration
qui s¼jtait insurgje en mai È8. Elle rjcla-
mait alors plus de libertjs, plus d¼jgalitj,
dans un monde encore fortement cloison-
nj et hijrarchisj. Or c’est la mkme qui n’a
de cesse aujourd’hui de tout verrouiller,
qui censure D tour de bras, qui confond
l’jgalitj avec l¼jgalitarisme, la paritj avec
le nivellement, qui ne conXoit le progrms
que sous la forme de la coercition, qui
n’imagine d¼jducation que dans l’abaisse-
ment et l’appauvrissement. Aurjoljs de
leur passj de rebelles, les „consensufijs“,
comme les appelle Louis ane, rjvision-
nistes D leur manimre, ne tolmrent plus le
moindre jcart par rapport aux dogmes et
catjchisme dont ils balisent leur concepti-
on du monde. e faisant, ils font le lit de
l’extrkme-droite qui relmve la tkte et pousse
ses pions. Bravo!
Une gigantesque falsification est en cours,
une injdite njgation du rjel, une alijnati-
on jamais vue - il suffit pour s’en convain-
cre de lire les hilarantes prophjties d’Yu-
val Noah Harari q, qui font penser D la nef
des fous lofant sur la mer djmontje.
+u’en est-il, dans ce contexte, de la liber-
tj, du plus prjcieux des biens, de la plus
belle des conquktes¶ Il me revient la rj-
ponse que donne Heidegger D la question
de la vjritj: „L’essence de la vjritj est la li-
bertj.“ Vjritj et libertj sont pour ainsi di-
re consubstantielles. Heidegger les pensait
en termes de djvoilement, de djgagement,
d’allmgement, de djlivrance. ’est aussi la
sortie d¼ gypte, quand le divin se manifes-
te par le don mkme de la libertj.
On rapproche souvent La libertj guidant
le peuple d’un autre tableau de Delacroix
peint en 182È-182Ç. On peut considjrer
celui-ci comme son pendant saturnien,
mjlancolique et tragique. La jeune femme
qu’on y voit jcarter les bras en signe
d’horreur, de deuil et de chagrin, alljgori-
se la rmce dont les velljitjs d’indjpen-
dance ont jtj noyjes dans le sang par la
flotte ottomane. Il s’agit de La rmce mou-
rante sur les ruines de Missolonghi. Parti
guerroyer pour la libertj, le grand pomte .
. Byron y trouva la mort. Peut-ktre cette
uvre rjpond-elle davantage au nihilisme
djljtmre de notre temps, oÙ manque de fa-
Xon cruelle l’hjrosme de la libertj.




