l est un appauvrissement plus dangereux
que tous les autres, un appauvrissement
rampant, pernicieux, aux effets politi-
ques ravageurs.
Les idjologues du nazisme, Hitler et
oebbels en tkte, le savaient bien. ’est en
crjant l’allemand jcrit et parlj nazi, cet alle-
mand mjthodiquement appauvri, qu’ils ont jetj
les bases de leur systmme totalitaire dont le bi-
lan est connu. Autrement dit: sans l’appauvris-
sement de la langue, lien premier entre tous les
individus, il n’aurait pas jtj possible de
conduire fØhren® tout un peuple Volk® dans
une guerre totaler Krieg® supposje njcessaire
pour jlargir l’espace de vie Lebensraum® de la
„race aryenne“, ni de pousser ce mkme peuple D
la destruction Vernichtung® des uifs.
Victor Klemperer, le philologue auteur de LTI
Lingua Tertii Imperii® paru en 1{Ç, a pu dj-
montrer comment les moyens infinis gram-
maire, syntaxe, vocabulaire® d’une grande lan-
gue ont jtj systjmatiquement subordonnjs aux
objectifs politiques du nazisme. En tant que lin-
guiste, il jtait en mesure de comprendre la por-
tje qu’aurait finalement le contrle absolu des
mots et du sens nouveau des mots. En tant
qu’Allemand juif, victime de la spoliation et du
djtournement de la langue, il a laissj, avec LTI,
un message fort aux gjnjrations d’aujourd’hui:
Ne laissez plus jamais la langue s’appauvrir, car
l’appauvrissement est le premier pas vers les
abus de plus en plus graves.
En ce djbut d’annje jlectorale®, oÙ l’on fait
volontiers des voeux sensjs, celui de votre
chroniqueur djcoule du manque d’attention et
de soins portj aux langues dans la vie quoti-
dienne et surtout dans l’enseignement. Le voeu
de voir retourner l’apprentissage approfondi
des langues au premier plan politique peut pa-
ratre hors contexte jconomique, social
mkme®, mais il suffit de rjfljchir un tout petit
peu pour le prendre quand mkme au sjrieux.
En France, grand pays voisin et ami, dix pour
cent de la population, soit prms de sept millions
de personnes, ne possmdent que x00 mots pour
s’exprimer dans la vie courante. Il est jvident
qu’ils sont spolijs et exploitjs d’une faXon per-
manente dans la socijtj contemporaine issue
de l’jconomie de marchj. Ils ratent leur vie
parce qu’on ne leur a donnj aucune vraie
chance de la rjussir.
Le pourcentage de quasi-illettrjs relevj en
France vaut sans doute pour la plupart des
Etats post-industrialisjs. Il signifie, aussi, que
ces gens n’ont pas accms D la pensje des grands
penseurs, jcrivains, pomtes du passj et du prj-
sent, et que, par consjquent, l’appauvrissement
de la langue dont ils sont les victimes fait d’eux
des exclus: comment par exemple, pourraient-
ils tirer profit des richesses culturelles accumu-
ljes pendant des simcles¶
Les enquktes ont donnj un autre rjsultat effa-
rent: la plupart des adultes franXais® matrisent
Î.000 mots, dont la moitij sont pratiqujs, et les
autres compris plus ou moins bien. ’est suffi-
sant semble-t-il pour „communiquer“, pour
„participer“, pour „comprendre“.
omment s’jtonner dms lors que les langages
politique, professionnel, publicitaire, etc., etc.
glissent de plus en plus vers la simplification,
laquelle, poussje trop loin, jquivaut tout bon-
nement D la falsification.
Mais tout cela arrange bien du monde. Les
mauvais esprits ont toujours su tirer profit poli-
tique, jconomique® de ce qu’entre eux, ils ap-
pellent „la bktise“.
Il est temps, amis, de se lancer dans la bataille
pour le revalorisation des langues partout, en
famille, D l’jcole, dans les entreprises, en pu-
blic!
Alvin -old
ÌÌiÌo] da}iÀt
Û -od
Î
fitoria
N°164




