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È

cce£t aiƒu

N°165

l’instar d’autres institutions

culturelles occidentales, le mu-

sée du Louvre, en s’inscrivant

dans une dynamique de (re)va-

lorisation de l’art, mène depuis

ces dernières années une politi-

que culturelle de délocalisation destinée à

exporter l’art français au-delà du centralis-

me parisien et même de l’ exagone. Après

le Louvre-Lens inauguré en décembre

Óä£Ó, Le Louvre Abu Dhabi a ouvert ses

portes en novembre Óä£Ç. Les galeries de

ce musée racontent une histoire de l’hu-

manité en douze chapitres. Chaque chapi-

tre se concentre sur des idées ou des thè-

mes partagés afin d’en révéler les liens

communs, et ce de l’art préhistorique à

l’art contemporain. Les quelque six cents

 uvres exposées soulèvent des questions

relatives aux collections et à leur mise en

regard thématique et diachronique.

Si le musée moderne naŠt au 8VIIIe siècle,

il se voit consacré comme institution à la

Révolution française: ce contexte histori-

que explique la place particulière que le

pouvoir, en France, réserve aux grands

musées. On sait l’importance des décisi-

ons présidentielles, depuis la législature de

eorges Pompidou, sur le paysage muséal.

S’agissant de cette impulsion portée par

un véritable amour pour l’art moderne,

que l’on songe seulement à François Mit-

terrand (le rand Louvre, la rande ale-

rie de l¼ volution) ou à acques Chirac (le

Quai ranly et la Cité nationale de l’ is-

toire de l’immigration)! Par ailleurs, à la

suite du musée uggenheim qui créa un

musée uggenheim ilbao en £™™Ç, un

certain nombre d’institutions culturelles

occidentales se sont lancées dans de

spectaculaires opérations de délocalisati-

on, jouant la carte d’une exportation de

leur marque et de leur savoir-faire. Entre

diplomatie d’influence et marŽeting cultu-

rel, sans oublier la manne financière que

représentent de tels projets, musées et uni-

versités occidentales tentent leur chance

dans les nouveaux paradis du Moyen-Ori-

ent ou d’Asie.

C’est dans cette dynamique que le Louvre

Abu Dhabi, musée émirien made in

France, fut inauguré le n novembre Óä£Ç.

Il présente, pour moitié des uvres prê-

tées par les musées français (entre autres

un Léonard de Vinci et un Van ogh, en

dépžt pour un an). Les retentissements de

cette inauguration furent exactement ce

qu’escomptaient les dirigeants du richissi-

me émirat quand ils imaginèrent, dès

Óääx, un plan pour l’après-pétrole en

développant une attractivité culturelle

haut de gamme. Ainsi, le Louvre Abu

Dhabi est la première pierre du vaste pro-

jet de district culturel lancé en ÓääÇ dans

la capitale des mirats arabes unis (EA1)

par la famille du sultan halifa en <ayed

Al-Nahyane. La première et pour l’instant

la seule. Surnommé „Louvre des sables“,

cet édifice muséal signé de l’architecte

français ean Nouvel, se veut une synthèse

moderne de l’architecture arabe et de l’art

international qui illustre pleinement la dé-

finition de l’architecture donnée par le

philosophe ean audrillard à son ami

ean Nouvel: „l’architecture est un mélan-

ge de nostalgie et d’anticipation extrême“.

Située au bout d’une bande de terre, dans

l¼Šle de Saadiyat (ce qui signifie „bonheur“

en arabe), cette „cité musée“ (que domine

un monstre d’inox et d’aluminium: le dž-

me du Louvre Abu Dhabi) fait dialoguer

non seulement intérieur et extérieur, l’om-

bre et la lumière, mais encore six cents

 uvres, prêtées pour moitié par treize mu-

sées partenaires français.

Çäää Žilomè-

tres de Paris, dans les immenses salles du

Louvre Abu Dhabi, dont les fenêtres

s’ouvrent parfois sur des patios, des mi-

roirs d’eau ou la mer, une tapisserie mé-

diévale du musée de Cluny cžtoie une

vierge de ellini, acquise par l’Agence

France Museum pour le compte du musée.

Autre exemple significatif: une statuette

n’Žissi du Congo cohabite avec un „Porte-

bouteilles“ de Marcel Duchamp!

1ne coection

ÕniÛersee

Le dialogue des cultures et des civilisati-

ons - favorisé par l’art - fut pratiqué entre

l’Orient et l’Occident dès la très haute An-

tiquité: l¼ gypte, la Mésopotamie et l’uni-

vers mycénien. L’histoire a bien enregistré

un dialogue riche et fécond entre la Phéni-

cie et la rèce. La romanité, quant à elle,

réussit à ménager un très vaste champ

pour la connaissance et la reconnaissance

de l’autre et pour l’osmose ethnoculturel-

le. André Malraux a écrit, dans la „Préfa-

ce“ de son ouvrage „Le Temps du mépris“

qu¼“on peut aimer que le sens du mot ’art¼

soit tenter de donner conscience à des

hommes de la grandeur qu’ils ignorent en

eux.“ Le même Malraux développe dans

„La Métamorphose des dieux“ et „Le Mu-

sée imaginaire“ plusieurs thèses qui ont

Le LoÕÛre d½ LÕ haLi

et son «atrimoine cՏtÕre

̌ommo ot lÌart aæ << o Óis\lo

ran\— ¨˜¨ÝÝo

„ haµue homme porte la vorme entimre

de l½humaine condition“°

(Montai}ne, ssais III, Ó - „ u repentir“)

Louvre Abu Dhabi. „Princesse“ de act-

riane. Asie centrale, fin du IIIe - début du

IIe millénaire av. .-C.