vons-nous un patrimoine?
Nous sommes le patrimoine.
Qu’avons-nous à vendre? Au
fond, c’est toujours nous-mê-
mes que nous vendons.
Avons-nous de la culture? Avons-nous un
marché? Nous sommes et la culture et le
marché.
Que croyons-nous posséder que nous
pourrions vendre? Tout ce que nous croy-
ons posséder, nous l’avons en location, le
temps de notre vie.
Possession ou location, ce qui compte au
fond c’est l’usufruit, la jouissance. Partager
la jouissance, quoi de plus beau?
Partager sans contrepartie? Ce serait éton-
nant dans notre société marchande. L’hu-
manité, espèce de primate, est une société
fondamentalement marchande.
L’animal humain, comme le primate non
humain, tient compte des bienfaits reçus
et se sent obligé de les rendre. Quel mal y
aurait-il à partager, à se partager, mutuel-
lement?
L¼économie du parta-
ge me semble un pro-
grès civilisateur, com-
parable au progrès ci-
vilisateur des assu-
rances.
Malheureusement,
l’animal humain ne
distingue pas tou-
jours le prix de la va-
leur. La vente a un
prix, le partage une
valeur.
Qu’avons-nous à par-
tager? Ce que nous
appelons patrimoine,
qu’est-ce? 9 a-t-il un
inventaire?
Les parents m’ont lé-
gué la moitié de leurs
gènes, ils ne m’empê-
chent pas d¼être moi-
même.
La nation m’a légué une carte d’identité,
elle ne m’empêche pas d¼être citoyen du
monde.
L’Eurasie m’a légué les penseurs éraclite,
Epicure, Lucrèce, Lao-Tseu, Lie-Tseu,
Tchouang-Tseu,
Montaigne,
Diderot,
Nietzsche, ils ne m’empêchent pas de pen-
ser tout seul.
L’1NESCO a classé patrimoine mondial
les vieux quartiers et les fortifications de
Luxembourg, la procession dansante
d’Echternach et The Family of Man de
Clervaux. Notre vanité en est flattée.
Nous partageons avec une foule de régi-
ons le patrimoine de la pluie, des orties,
des sangliers, des jambons fumés, des biè-
res de qualité, des vins de la Moselle. Il n’y
pas de honte à en jouir sans complexe.
Nous, du moins certains d’entre nous,
avons un patrimoine de savoir-faire spéci-
fique en poutres, planches, billes, verres,
fonds d’investissement, etc., etc., etc. Est-
ce de la culture ou de la civilisation? S’il y
avait une fierté collective, il y aurait de
quoi. Et nous en vivons très bien.
Les ascendants honoreraient les descen-
dants? Les descendants honorent les as-
cendants, s’ils le peuvent.
Combien de vers de notre Renert connais-
sez-vous par c ur? Combien de chansons
et de danses de notre follore chantez et
dansez-vous? Combien d¼ uvres d’artistes
locaux allez-vous voir ou entendre? Com-
bien de nos paysages si beaux fréquentez-
vous?
Devoir de mémoire, musées? La mémoire
n’est féconde que si elle est vivante. Les
musées, sont-ils fréquentés? Les enseig-
nants y mènent-ils leurs classes?
Il est criminel de garder pour soi des chefs
d¼ uvres, de les enfermer dans des cham-
bres fortes, à l’abri des regards des ama-
teurs.
Les chefs d¼ uvre sont heureusement nu-
mérisés. Qu’attendons-nous pour les pro-
jeter sur de grands écrans aux endroits et
aux heures de pointe?
quoi servent les partitions non jouées,
non écoutées? Les manuscrits non pu-
bliés, non lus? Les
plans d’architecte non
construits, non habi-
tés? Des uvres d’art
non accessibles, à quoi
bon? Donnons-leur
une chance.
Quel est votre projet? –
Conserver. – Cela com-
mence bien mal. – Pré-
server alors. – e vous
souhaite beaucoup de
plaisir dans votre mu-
sée. e préfère vivre
dans un jardin, une fo-
rêt, un laboratoire, un
atelier, une usine.
1n compromis? L’ate-
lier le jour, le musée la
nuit. Le jour pour
créer le patrimoine de
demain, la nuit pour se
reposer sur celui
d’hier.
.aæ oor
sroÓ ÄæoÓtionÓ ot a||irmationÓ ratæitoÓ
nomorrha}ie *atrimoine
1Ó
cce£t aiu
N°165




