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\\e£t aigu
N°167
’jtait le 15 mai 2017, D l’ajro-
port D’Orly oÙ je venais d’arri-
ver d’un voyage en Algjrie
pour rentrer en Allemagne.
C‘jtait la deuximme fois, en
deux mois, depuis de trms
longues annjes, que je mettais les pieds
dans cet ajroport. e suis plutt une habi-
tuje de la ufthansa: une question de co×t
et de commoditj; cette compagnie mettait
en effet D la disposition de ses voyageurs
une navette, depuis la ville de Strasbourg
pour les conduire D l’ajroport de Frank-
furtÉMain; rjsidant dans une petite ville
allemande frontalimre, cette solution me
convenait tout-D-fait. Mais la ufthansa
djcida au courant de l’annje 2017 de met-
tre fin D ce rjgime profitant notamment
aux clients algjriens; la compagnie Air
France prit alors le relais, en proposant le
trajet Strasbourg-Paris-Orly-Alger, un train
de la S CF assurant la navette jusqu‘D
l’ajroport d’Orly.
Au cours du voyage aller, je m‘jtais retrou-
vje dans le mkme compartiment qu’un ly-
cjen franXais, en classe terminale, en va-
cances; nous sympathis@mes immjdiate-
ment; quand je lui appris mon point de
chute - l’Algjrie -, il eut un petit sourire et
me dit: „moi, je me rends D Tel-Aviv“. Ce
sourire malicieux en rjfjrence, bien s×r, D
l’histoire des peuples arabes et de l’ tat
d’Israll.
Il est juif, moi musulmane mais nous n‘jti-
ons pas en guerre lui et moi; nous parl@-
mes gaiement de choses et d’autres, jus-
qu‘D notre arrivje D l’ajroport d’Orly; en-
semble, nous parvnmes D l’aire d’embar-
quement; il me quitta aprms m’avoir ac-
compagnje jusqu’au comptoir d’enregis-
trement de mon djpart, aprms s‘ktre assurj
que tout allait bien pour moi, comme si
j‘jtais de la parentmle. C’est bien ce genre
de rencontres, heureusement, qui redonne
foi en l’humanitjt
Mon voyage aller vers Alger s’jtant bien
passj, c’est sans apprjhension que je le re-
fis en sens inverse, au jour dit. Arrivje D
l’ajroport d’Orly, c’est trms D l’aise que je
remplis les formalitjs de police, rjcupjrai
mes bagages et suivis tranquillement les
indications mentionnjes par les panneaux;
mais D un moment, n‘jtant pas familimre
des lieux, je demandai quand mkme mon
chemin D une jeune employje. Il fallait
tourner D gauche pour atteindre l’aire
d’embarquement ferroviaire; c’est ce que
j’avais retenu. Mais tout juste aprms avoir
tournj D gauche, j’eus un moment d’hjsi-
tation; je m’arrktai et cherchai du regard
quelqu’un, derrimre moi. e vis alors, rassu-
rje, un homme en uniforme gris anthraci-
te: un policier ou un douanier?
Au moment oÙ je me tournai vers lui pour
le questionner, il me fit signe, d’une faXon
pas trms aimable, d’aller dans sa direction.
Arrivje auprms de lui, il me questionna
sans amjnitj: „D’oÙ vous venez?“, mais
c’est avec entrain que je lui rjpondis:
„D’Algjriet“, jtant s×re d‘ktre bien accu-
eillie en raison des liens entre nos deux
pays, surtout aprms la visite de monsieur
Macron en Algjrie durant sa campagne
prjsidentielle; n’avait-il pas affirmj que „la
colonisation jtait un crime contre l’huma-
nitj“
1
? Comme il s‘jtait djclarj l’ami de
l’Algjrie, je me croyais donc en pays ami.
+ue nennit a mine de mon interlocuteur,
qui portait une mitraillette tout contre lui,
s’jtait durcie. e ressentis alors, sourde-
ment mais trms fort comme le cliquetis
d’une arme qui aurait jtj enclenchje. Un
flot d’ondes njgatives m’inonda. ’avais
pjnjtrj dans l’aire du Danger.
Cet homme jtait un policier. ous jtions
en France et qui ne connaissait cet instru-
ment permanent de lutte contre le terroris-
me appelj Plan Vigipirate
2
? Comme je vi-
vais en Allemagne, je n’jtais pas imprjg-
nje de cette rjalitj.
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ntre ·r¨eÓÓeÓ et \¨nÓp\rati¨n
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