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N°167
e me souviens d’une chanson de
jo Ferrj, oÙ il est question d’un
douanier qui vjrifie les papiers
d’identitj. Un jtranger donc se
prjsente. Comment vous nom-
mez-vous?, demande le douanier.
– Karl Marx. – Allez, passezt e douanier
ne se doute pas quelle rjvolution est en
marche et qu’il vient, D son insu, d’accor-
der D celui qui l’inspire une sorte de sauf-
conduit. Il suffit que quelqu’un jchappe
au contrle, il n’en faut qu’un seul, et
l’histoire prend un autre cours. Un tel la-
xisme, une telle impjritie, sont au-
jourd’hui impensables, on s’en doute, avec
la biomjtrie, la numjrisation des donnjes,
le fichage bientt systjmatique. Comment
passer inaperXu dans l’univers carcjral de
la surveillance gjnjralisje, dont on voit,
mjdusj, s’affiner les instruments et se con-
crjtiser le projet? Dans Surveiller et punir,
publij en 1975, Michel Foucault djcrit et
analyse les mjcanismes d’assujettissement
mis en place par ce qu’il appelle la „socij-
tj disciplinaire“, socijtj oÙ chaque indivi-
du, d’anonyme qu’il jtait devient un „cas“,
un homme calculable, un ktre que le pou-
voir a pour vocation,
non seulement de
contrler dans son
individualitj, mais de
dresser, de redresser,
de classer, de norma-
liser, d’exclure, etc.
C’est encore plus vrai
aujourd’hui. Contrai-
rement D ce qu’on
pourrait croire, la so-
cijtj libjrale ne re-
nonce pas D l‘ tat,
mais augmente son
influence. „Son inter-
vention, jcrit Fou-
cault en citant iko-
laus Heinrich ulius,
rjformateur des pri-
sons, (est) de jour en
jour plus profonde
dans tous les djtails
et toutes les relations
de la vie sociale“, car
il s’agit de surveiller
„une grande multitude d’hommes“ en mk-
me temps. Foucault s’attarde sur le Panop-
ticon de eremy Bentham qui pourrait ser-
vir de modmle. C’est un b@timent discipli-
naire sophistiquj qui permet de contrler,
sans qu’ils puissent s’en djfendre, l’ensem-
ble des djtenus sjparjs les uns des autres.
Ils sont vus, mais, parfaitement individua-
lisjs, ils ne voient ni leurs voisins de cellu-
le ni leurs gardiens. On pourrait en appli-
quer le principe au monde du travail et de
proche en proche, prendre en jcharpe la
socijtj toute entimre. e big brother orwel-
lien de Bentham, D la faveur de son coup
d‘ il panoptique, s’insinue ainsi dans
l’intimitj de tout un chacun. C’est un „la-
boratoire de pouvoir“ qui ne se contente
pas d’jpier et de contrler, mais, dans la
perspective de ce que Foucault appelle
„l’orthopjdie sociale“, d’expjrimenter sur
les hommes, de les diriger et de les trans-
former D sa guise. „ ’effet majeur du Pa-
noptique, conclut Foucault: induire chez
le djtenu un jtat conscient et permanent
de visibilitj qui assure le fonctionnement
automatique du pouvoir.“ Avec les umim-
res a commencj la socijtj contractuelle
censje garantir les droits de l’individu,
mais en mkme temps, c’est le paradoxe, la
socijtj disciplinaire, qui est „une sorte de
contre-droit“, parce qu’elle introduit une
„dissymjtrie insurmontable“ entre le pou-
voir et les diffjrents partenaires du corps
social. +uand est violje la sphmre intime,
privje, celle dont le droit civil devait pro-
tjger l’intjgritj, on retrouve l’arbitraire et
la tentation totalitaire. ul besoin de vivre
dans des rjgimes autoritaires, il suffit que
chaque domaine ou secteur de la vie so-
ciale soit soumis D l’autoritj politique et
que soient contrarijs les antagonismes qui
d’ordinaire animent le djbat djmocrati-
que, pour qu’on tombe dans „la logique
totalitaire“. „ D oÙ se signale l‘jljment le
plus secret, le plus spontanj, le plus insai-
sissable de la vie sociale, dans les m urs,
dans les go×ts, dans les idjes, le projet de
matrise, de normalisation, d’uniformisati-
on, va au plus loin.“ C’est ce vers quoi
peuvent tendre, selon le philosophe Clau-
de efort, les djmocraties elles-mkmes,
comme l’avait djjD pressenti Tocqueville
quand, jtudiant la djmocratie en Amjri-
que, il voyait dans le „pouvoir immense et
tutjlaire“ de l‘ tat,
d’un ctj, et, de l’au-
tre, dans l‘jgalitaris-
me qui „djrobe peu D
peu chaque citoyen
jusqu‘D l’usage de lui-
mkme“, poindre une
nouvelle servitude,
certes „rjglje, douce
et paisible“, mais
combinje avec les
formes seulement ex-
tjrieures de la libertj.
Ainsi le jviathan
hobbesien qu’est
l‘ tat dispose-t-il des
outils
njcessaires
pour s’assurer, sous
„l’empire de la rai-
son“ et les appa-
rences de la ljgalitj,
la sujjtion de tous.
Au XVIImme simcle,
Thomas Hobbes pou-
vait encore croire en
ean 1¨rrenÝe
ra¨nÓ et fra¨nnafeÓ
ià ÌkÌià vÀaVaÃÃjiÃ
di jÛaÌ a




