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S.™

cce£t aiƒu

la marche et le rythme de l½histoire. om-

me si les luttes et les rjvolutions n½avaient

pas aussi leur logiµue propre. vouloir les

autolimiter lorsµu½elles se prjsentent, on a

tžt fait de passer du cžtj de l½ordre jtabli.

Il ne s½agit plus alors „d½autolimiter“ les

objectifs du parti, mais de limiter tout

court les aspirations des masses. En ce

sens, les Ebert et les Noske (SPD), en as-

sassinant Rosa Luxemburg et en jcrasant

les soviets de Bavimre se sont illustrjs

comme des virtuoses de „l½autolimitation“.

En vjritj, le raisonnement conduit inj-

luctablement D l½idje d½une histoire bien

ordonnje, rjglje, comme une horloge, oÙ

tout vient D son heure, juste D temps. Il re-

tombe dans les platitudes d½un strict djter-

minisme historiµue si souvent reprochj

aux marxistes oÙ l¼jtat de l½infrastructure

djtermine jtroitement la superstructure

correspondante. Il jlimine tout simple-

ment le fait µue l½histoire n½a pas la force

d½un destin, est trouje d½jvjnements µui

ouvrent un jventail de possibilitjs, pas

toutes certes, mais bien un horizon djter-

minj de possibilitjs. Ses propres acteurs

ont pensj la Rjvolution russe non comme

une aventure solitaire, mais comme le pre-

mier jljment d½une rjvolution europjenne

et mondiale. Les jchecs de la rjvolution

allemande ou de la guerre civile espagno-

le, les djveloppements de la rjvolution

chinoise, la victoire du fascisme en Italie

et en Allemagne n½jtaient pas jcrits

d½avance.

Parler en ce cas de rjvolution prjmaturje

revient D jnoncer un jugement de tribunal

historiµue au lieu de se placer du point de

vue de la logiµue interne du conflit et des

politiµues µui s½y affrontent. De ce point

de vue, les djfaites ne sont pas des preu-

ves d½erreur ou de tort, pas plus µue les

victoires ne sont preuve de vjritj. ar il

n½y a pas de jugement dernier. e µui im-

porte, c½est µu½ait jtj tracje pas D pas, D

l½occasion de chaµue grand choix, de cha-

µue grande bifurcation (la Nep, la collecti-

visation forcje, le pacte germano-sovijti-

µue, la guerre civile espagnole, la victoire

du nazisme) la piste d½une autre histoire

possible. ½est ce µui prjserve l½intelligibi-

litj du passj et permet d½en tirer des le-

Xons pour l½avenir.

£) Il y aurait bien d½autres aspects D discuter D

l½occasion de cet anniversaire. On s½est contentj

de „trois µuestions d½Octobre“ aujourd½hui cru-

ciales dans le djbat. Mais le chapitre des „le-

Xons d½Octobre“ d½un point de vue stratjgiµue

(crise rjvolutionnaire, dualitj de pouvoir, rap-

ports entre partis, masses et institutions, µuesti-

ons de l¼jconomie de transition), de leur actua-

litj et de leurs limites, est jvidemment tout aussi

djcisif.

Ó) Peut-ktre, en ces temps de restauration, con-

vient-il, pour terminer, de rappeler ces cjlmbres

superbes lignes de Kant, jcrites en £Ç™x, en

pleine rjaction thermidorienne : „QoR un tel

phjnommne dans l½histoire de l½humanitj ne

s½oublie plus, parce µu½il a rjvjlj dans la nature

humaine une disposition, une facultj de pro-

gresser telle µu½aucune politiµue n½aurait pu, D

force de subtilitj, la djgager du cours antjrieur

des jvjnements : seules la nature et la libertj,

rjunies dans l½espmce humaine suivant les prin-

cipes internes du droit, jtaient en mesure de

l½annoncer, encore µue, µuant au temps, d½une

manimre indjterminje et comme jvjnement

contingent. Mais, mkme si le but visj par cet

jvjnement n¼jtait pas encore aujourd½hui at-

teint, µuand bien mkme la rjvolution ou la rj-

forme de la constitution d½un peuple aurait fina-

lement jchouj, ou bien si, passj un laps de

temps, tout retombait dans l½ornimre prjcjdente

(comme le prjdisent maintenant certains politi-

µues), cette prophjtie philosophiµue n½en perd

pourtant rien de sa force. ar cet jvjnement est

trop important, trop mklj aux intjrkts de l½hu-

manitj, et dune influence trop vaste sur toutes

les parties du monde, pour ne pas devoir ktre

remis en mjmoire aux peuples, D l½½occasion de

circonstances favorables, et rappelj lors de la

reprise de nouvelles tentatives de ce genre.“

Ainsi d½Octobre £Ç µue l½embljmatiµue thjori-

cien marxiste Daniel Bensa‹d rjsume en cette

formule: „Rien ne peut faire µue ce µui, en dix

jours, a jbranlj le monde, soit D jamais effacj.“

euï n¨tes c¨llatprales

-ortrait de Lonineb roa—iso en ¯¤¯¤ ·ar Isaak Brodskï