S.n
cce£t aiu
troverses djmocratiµues, l½agitation politi-
µue, la demande constante de responsabi-
litj djrangent.
L½affaire est de toute premimre importance.
Il n½est pas µuestion d½opposer point par
point, de manimre manichjenne, une lj-
gende du „ljninisme sous Ljnine“ au ljni-
nisme sous Staline, les annjes vingt lumi-
neuses aux sombres annjes trente, comme
si rien n½avait encore commencj D pourrir
au pays des soviets. Bien s×r la bureaucra-
tisation est presµue immjdiatement D
l¼ uvre, bien s×r l½activitj policimre de la
Tcheka a sa logiµue propre, bien s×r le
bagne politiµue des les Solovki est ouvert
aprms la fin de la guerre civile et avant la
mort de Ljnine, bien s×r la pluralitj des
partis est supprimje de fait, la libertj d½ex-
pression limitje, les droits djmocratiµues
dans le parti mkme sont restreints dms le
8e congrms de £Ó£. Le processus de ce
µue nous appelons la contre-rjvolution
bureaucratiµue n½est pas un jvjnement
simple, datable, symjtriµue de l½insurrecti-
on d½Octobre. Il ne s½est pas fait en un
jour. Il est passj par des choix, des affron-
tements, des jvjnements. Les acteurs eux-
mkmes n½ont cessj de djbattre sur sa pjri-
odisation, non par go×t de la prjcision
historiµue, mais pour tenter d½en djduire
des t@ches politiµues. Des tjmoins comme
Rosmer, Eastman, Souvarine, Istrati, Ben-
jamin, Zamiatine et Boulgakov (dans ses
lettres D Staline), la pojsie de Maiakovski,
les tourments de Mandelstam ou de Tsvj-
taeva, les carnets de Babel, etc., peuvent
contribuer D jclairer les multiples facettes
du phjnommne, son djveloppement, sa
progression.
Il n½en demeure pas moins un contraste,
une discontinuitj irrjductible, dans la po-
litiµue intjrieure comme dans la politiµue
internationale, entre le djbut des annjes
vingt et les terribles annjes trente. On ne
conteste pas µue les tendances autoritaires
aient commencj D prendre le dessus bien
avant, µu½obsjdjs par l¼„ennemi principal“
(bien rjel au demeurant) de l½agression im-
pjrialiste et de la restauration capitaliste,
les dirigeants bolcheviµues aient commen-
cj par ignorer ou sous-estimer „l½ennemi
secondaire“: la bureaucratie µui les minait
de l½intjrieur et finit par les djvorer. e
scjnario jtait injdit D l¼jpoµue, difficile D
imaginer. Il fallut du temps pour le com-
prendre et l½interprjter, pour en tirer les
consjµuences. Ainsi, si Ljnine a sans dou-
te mieux compris le signal d½alarme µu½a
signifij la crise de ronstadt, au point
d½impulser une profonde rjorientation po-
litiµue, ce n½est µue bien plus tard, dans
son ouvrage refondateur, „La Rjvolution
trahie“, µue Trotsky parviendra D asseoir
en principe le pluralisme politiµue sur
l½hjtjrogjnjitj du proljtariatÉsalariat lui-
mkme, y compris aprms la prise du pou-
voir.
La plupart des grands tjmoignages et des
jtudes sur l½Union sovijtiµue ou sur le
Parti bolcheviµue lui-mkme (voir „Moscou
sous Ljnine“ de Rosmer, „Le Ljninisme
sous Ljnine“ de Marcel Liebman, „L½His-
toire du parti bolcheviµue“ de Pierre
Brouj, le „Staline“ de Souvarine et celui
de Trotsky, les travaux de E.H. arr, de
Tony liff, de Moshe Lewin, de David
Rousset) ne permettent pas d½ignorer, dans
l¼jtroite dialectiµue de la rupture et de la
continuitj, le grand tournant des annjes
trente. La rupture l½emporte de loin, attes-
tje par des millions et des millions de
morts de faim, de djportjs, de victimes
des procms et des purges. S½il a fallu le dj-
chanement d½une telle violence pour par-
venir au „congrms des vainµueurs“ de £Î{
et D la consolidation du pouvoir bureau-
cratiµue stalinien, c½est µue l½hjritage rjvo-
lutionnaire devait ktre tenace et µu½il ne
fut pas facile d½en venir D bout.
½est ce µue nous appelons une vjritable
contre-rjvolution, autrement massive, au-
trement visible, autrement djchirante µue
les mesures autoritaires, si inµuijtantes
soient-elles, prises dans le feu de la guerre
civile. ette contre-rjvolution fait jgale-
ment sentir ses effets dans tous les domai-
nes, tant celui de la politiµue jconomiµue
(collectivisation forcje et djveloppement
D grande jchelle du goulag), de la politi-
µue internationale (en hine, en Allemag-
ne, en Espagne), de la politiµue culturelle
mkme ou de la vie µuotidienne, avec ce
µue Trotsky a appelj le „thermidor au foy-
er“.
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¹«ÀjaÌÕÀji»¶
Depuis la chute de l½Union sovijtiµue, une
thmse a repris vigueur: celle selon laµuelle
la rjvolution russe aurait jtj d½emblje une
aventure condamnje parce µue prjma-
turje. En rjalitj, cette thmse trouve son
origine trms tt, dans le discours des men-
cheviµues russes eux-mkmes et dans les
analyses de la bancale jminence grise du
SPD allemand Karl Kautsky, dms £Ó£ :
bien du sang, des larmes et des ruines,
jcrit-il alors, auraient jtj jpargnjs „si les
bolcheviµues avaient possjdj le sens men-
cheviµue de l½autolimitation D ce µui est
accessible, en µuoi se rjvmle le matre“.
La formule est jtonnamment rjvjlatrice.
Voici µuelµu½un µui poljmiµue contre
l½idje d½un parti d½avant-garde, mais imagi-
ne en jchange un parti-matre, jducateur
et pjdagogue, capable de rjgler D sa guise
0ource: Lutteouvriere½org




