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S.Ç

cce£t aiƒu

provisoire d½une jpreuve de force µui a

m×ri tout au long de l½annje, au cours de

laµuelle l½jtat d½esprit des masses pljbjien-

nes s½est toujours trouvj D gauche des par-

tis et de leurs jtats-majors, non seulement

ceux des socialistes-rjvolutionnaires, mais

ceux mkme du Parti bolcheviµue ou d½une

partie de sa direction (jusµues et y compris

sur la djcision de l½insurrection).

½est d½ailleurs ce µui expliµue µue l½insur-

rection d½Octobre, comparativement aux

violences µue nous avons connues depuis,

ait jtj djrisoirement peu violente et peu

co×teuse en vies humaines, pour peu µue

l½on prenne soin de distinguer les victimes

d½Octobre proprement dit (de part et d½au-

tre) et celles de la guerre civile D partir de

£™£n, soutenue par les puissances jtrangm-

res, dont la France et la Grande-Bretagne

au premier rang.

Si l½on entend par rjvolution un jlan de

transformation venu d½en bas, des aspirati-

ons profondes du peuple, et non point

l½accomplissement de µuelµue plan mirifi-

µue imaginj par une jlite jclairje, nul

doute µue la Rjvolution russe en fut une,

au plein sens du terme. Il suffit de compul-

ser les mesures ljgislatives prises dans les

premiers mois et la premimre annje par le

nouveau rjgime pour comprendre µu½ils

signifient un bouleversement radical des

rapports de proprijtj et de pouvoir, par-

fois plus vite µue prjvu et voulu, parfois

au-delD mkme du souhaitable, sous la

pression des circonstances. De nombreux

livres tjmoignent de cette cassure dans

l½ordre du monde (cf. „Dix jours µui

jbranlmrent le monde“, de John Reed) et

de son retentissement international immj-

diat.

et jlan rjvolutionnaire initial se fait en-

core sentir tout au long des annjes vingt,

malgrj les pjnuries et l½arrijration cultu-

relle, dans les tentatives pionnimres sur le

front de la transformation du mode de

vie : rjformes scolaires et pjdagogiµues,

ljgislation familiale, utopies urbaines, in-

vention graphiµue et cinjmatographiµue.

et jlan met aussi en exergue toutes les

µuestions essentielles µui, D des degrjs di-

vers et avec des calibrages diffjrents, ont

constituj l½ossature de tous les processus

rjvolutionnaires ou prj-rjvolutionnaires

aprms Octobre: auto-organisation des mas-

ses, jmergences de comitjs de base ou

conseilsÉsoviets, permanence tendancielle

du processus (des t@ches djmocratiµues

aux solutions socialistes), ržle des partis

rjvolutionnaires, dualitj de pouvoirÉprise

de pouvoir, nature de classe de l½Etat et de

son appareil, etc.

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LÕÀiaÕVÀäµÕi¶

Le sort de la premimre rjvolution socialis-

te, le triomphe du stalinisme, les crimes de

la bureaucratie totalitaire constituent sans

aucun doute l½un des faits majeurs du sim-

cle. Les clefs de son interprjtation en ont

d½autant plus d½importance. Pour certains,

le principe du mal rjsiderait dans un mau-

vais fond de la nature humaine, une irrj-

pressible volontj de puissance µui peut se

manifester sous diffjrents masµues, y com-

pris celui de la prjtention D faire le bon-

heur des peuples malgrj eux, de leur im-

poser les schjmas prjconXus d½une citj

parfaite. Il nous importe au contraire de

saisir dans l½organisation sociale, dans les

forces µui s½y constituent et sy opposent,

les racines et les ressorts profonds de ce

µu½on a parfois appelj „le phjnommne sta-

linien“.

Le stalinisme, dans des circonstances his-

toriµues concrmtes, renvoie D une tendan-

ce plus gjnjrale D la bureaucratisation D

l¼ uvre dans toutes les socijtjs modernes.

Elle est nourrie fondamentalement par

l½essor de la division sociale du travail (en-

tre travail manuel et intellectuel notam-

ment), et par „les dangers professionnels

du pouvoir“ µui lui sont inhjrents. En

Union sovijtiµue, cette dynamiµue a jtj

d½autant plus forte et rapide µue la bureau-

cratisation s½est produite sur un fond de

destruction, de pjnurie, d½archa‹sme cul-

turel, en l½absence de traditions djmocra-

tiµues. Dms l½origine, la base sociale de la

rjvolution jtait D la fois large et jtroite.

Large dans la mesure oÙ elle reposait sur

l½alliance entre les ouvriers et les paysans

µui constituaient l¼jcrasante majoritj so-

ciale. troite dans la mesure oÙ sa compo-

sante ouvrimre, minoritaire, fut vite lami-

nje par les djg@ts de la guerre et les pertes

de la guerre civile. Les soldats, dont les so-

viets joumrent en £™£Ç un ržle essentiel,

jtaient pour l½essentiel des paysans mus

par l½idje de la paix et du retour au foyer.

Dans ces conditions, le phjnommne de la

pyramide renversje fut trms tžt jvident. e

n½est plus la base µui portait et poussait le

sommet, mais la volontj du sommet µui

s½efforXait d½entraŠner la base. D½oÙ la mj-

caniµue de la substitution : le parti se sub-

stitue au peuple, la bureaucratie au parti,

l½homme providentiel D l½ensemble. Mais

cette construction ne s½impose µue par la

formation d½une nouvelle bureaucratie,

fruit de l½hjritage, de l½ancien rjgime et de

la promotion sociale accjljrje de nouve-

aux dirigeants. Symboliµuement, dans les

effectifs du parti aprms le recrutement mas-

sif de la „promotion Ljnine“ (£™Ó{), les

µuelµues milliers de militants de la rjvolu-

tion d½Octobre ne pmsent plus lourd par

rapport aux centaines de milliers de nou-

veaux bolcheviµues, parmi lesµuels les

carrijristes venus au secours de la victoire

et les jljments recycljs de la vieille admi-

nistration.

Si les facteurs sociaux et les circonstances

historiµues jouent un ržle djterminant

dans la montje en puissance de la bureau-

cratie stalinienne, cela ne signifie pas µue

les idjes et les thjories n½aient aucune re-

sponsabilitj dans son avmnement. Il ne fait

en particulier aucun doute µue la confusi-

on entretenue, dms la prise du pouvoir, en-

tre l¼ tat, le parti et la classe ouvrimre, au

nom du djpjrissement rapide de l¼ tat et

de la disparition des contradictions au

sein du peuple, favorise considjrablement

l¼jtatisation de la socijtj et non pas la so-

cialisation des fonctions jtatiµues. L½ap-

prentissage de la djmocratie est une affai-

re longue, difficile, µui ne va pas au mkme

rythme µue les djcrets de rjforme jcono-

miµue. Il prend du temps, de l¼jnergie. La

solution de facilitj consiste alors D subor-

donner les organes de pouvoir populaire,

conseils et soviets, D un tuteur jclairj : le

parti. Pratiµuement, elle consiste aussi D

remplacer le principe de l¼jlection et du

contržle des responsables par leur nomi-

nation D l½initiative du parti, dms £™£n dans

certains cas. ette logiµue aboutit enfin D

la suppression du pluralisme politiµue et

des libertjs d½opinion njcessaires D la vie

djmocratiµue, ainsi µu¼D la subordination

systjmatiµue du droit D la force.

L½engrenage est d½autant plus implacable

µue la bureaucratisation ne procmde pas

seulement ou principalement d½une mani-

pulation d½en haut. Elle rjpond aussi par-

fois D une sorte de demande d½en bas, D un

besoin d½ordre et de tranµuillitj nj des las-

situdes de la guerre et de la guerre civile,

des privations et de l½usure, µue les con-

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