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S.È

cce£t aiƒu

a Rjvolution russe

a jtj un jvjnement

majeur de l½histoire

de l¼jmancipation

des peuples, le pro-

duit d½un vaste

mouvement d½affranchisse-

ment µui a suscitj enthousi-

asme et espjrance en un

monde meilleur tout au long

du vingtimme simcle. Revenir

au processus rjvolutionnai-

re, retrouver les raisons

d½agir de celles et ceux µui

ont bouleversj la socijtj rus-

se et l½histoire du monde est

essentiel, tout comme un tra-

vail critiµue pour donner vie

D ces trjsors d½expjriences et

d½enseignements.

Les circonstances expliµuent

une sjrie d½erreurs ou de djviations : une

rjvolution proljtarienne dans un ocjan

paysan, une guerre civile d½une cruautj in-

sensje, l¼jpuisement des forces producti-

ves et de toute la socijtj, l½isolement inter-

national, l½histoire du pays et son absence

de traditions djmocratiµues. Mais elles

n½expliµuent pas tout. Il faut comprendre

jusµu¼D µuel point, pourµuoi et comment

le souffle d½Octobre s½est jpuisj, avant mk-

me d½avoir jtj jtouffj par le stalinisme.

Un retour critiµue sur la Rjvolution russe,

D l½occasion et sous prjtexte du centenaire

d½Octobre, soulmve µuantitj de µuestions,

d½ordre tant historiµue µue programmati-

µue. L½enjeu est de taille. Il en va ni plus ni

moins de l½intelligibilitj du 88mme simcle,

le „simcle des extrkmes“ (Eric Hobsbawn)

Il en va donc de notre capacitj D sauver le

passj de l½oubli pour prjserver un avenir

ouvert D l½agir jmancipateur.

La discussion vient buter sur le prkt-

D-penser de l½idjologie dominante, repris

par les historicistes de la social-djmocratie

internationale. En ces temps de contre-rj-

forme et de rjaction, rien d¼jtonnant D ce

µue les noms de Ljnine et de Trotsky de-

viennent aussi imprononXables µue le fu-

rent ceux de Robespierre ou de Saint-Just

sous la Restauration.

Pour commencer D djblayer le terrain, il

convient donc de reprendre trois idjes as-

sez largement reXues aujourd½hui (et µui

participent d½une conception acadjmiµue-

bourgeoise de l½histoire):

£. En fait de rjvolution, Octobre serait

plutžt le nom embljmatiµue d½un complot

ou d½un coup d¼ tat minoritaire imposant

d½emblje, par en haut, sa conception auto-

ritaire de l½organisation sociale au bjnjfice

d½une nouvelle jlite.

Ó. Tout le djveloppement de la Rjvolution

russe et de ses mjsaventures totalitaires

serait inscrit en germe, par une sorte de

pjchj originel, dans l½idje rjvolutionnai-

re : l½histoire se rjduirait alors D la gjnja-

logie et D l½accomplissement de cette idje

perverse, au mjpris des grandes convulsi-

ons rjelles, des jvjnements colossaux et

de l½issue incertaine de toute lutte.

Î. Enfin, la Rjvolution russe aurait jtj

condamnje D la monstruositj pour ktre

nje d½un accouchement „prjmaturj“ de

l½histoire, d½une tentative d½en forcer le

cours et le rythme, alors µue les „conditi-

ons objectives“ d½un djpassement du capi-

talisme n¼jtaient pas rjunies : au lieu

d½avoir la sagesse „d½autolimiter“ leur pro-

jet, les dirigeants bolcheviµues auraient

jtj les agents actifs de ce contretemps.

£® ,jÛoṎo˜ oÕ

VoÕ« d¼ ÌaÌ ¶

La Rjvolution russe n½est pas le rjsultat

d½une conspiration mais l½explosion, dans

le contexte de la guerre, des contradictions

accumuljes par le conservatisme autocra-

tiµue du rjgime tsariste. La Russie, au dj-

but du simcle, est une socijtj bloµuje, un

cas exemplaire de „djve-

loppement injgal et combi-

nj“ un pays D la fois domi-

nant et djpendant, alliant

les traits fjodaux d½une

campagne oÙ le servage est

officiellement aboli depuis

moins d½un demi-simcle et

les traits du capitalisme in-

dustriel urbain le plus con-

centrj. Grande puissance,

elle est subordonnje tech-

nologiµuement et financim-

rement (l½emprunt). Le ca-

hier de doljances prjsentj

par le pope Gapone lors de

la rjvolution de £™äx est

un vjritable registre de la

mismre µui rmgne au pays

des tsars. Les tentatives de

rjformes sont vite bloµujes

par le conservatisme de

l½oligarchie, l½entktement du despote et

l½inconsistance d½une bourgeoisie djjD ta-

lonnje par le mouvement ouvrier naissant.

Les t@ches de la rjvolution djmocratiµue

reviennent ainsi D une sorte de tiers jtat

dans leµuel, D la diffjrence de la Rjvoluti-

on franXaise, le proljtariat moderne, bien

µue minoritaire, constitue djjD l½aile mar-

chante dynamiµue.

½est en tout cela µue la „sainte Russie“

peut reprjsenter „le maillon faible de la

chaŠne impjrialiste“ (Ljnine). L¼jpreuve

de la guerre met le feu D cette poudrimre.

Le djveloppement du processus rjvoluti-

onnaire, entre fjvrier et octobre £™£Ç, il-

lustre bien µu½il ne s½agŠt pas d½une conspi-

ration minoritaire d½agitateurs profession-

nels, mais de l½assimilation accjljrje d½une

expjrience politiµue D jchelle de masse,

d½une mjtamorphose des consciences,

d½un djplacement constant des rapports

de forces. Dans sa magistrale „Histoire de

la Rjvolution russe“, Trotsky analyse mi-

nutieusement cette radicalisation, d¼jlecti-

on syndicale en jlection syndicale,

d¼jlection municipale en jlection munici-

pale, chez les ouvriers, les soldats et les

paysans. Alors µue les bolcheviµues ne re-

prjsentaient µue £Î ¯ des djljgujs au

congrms des soviets de juin, les choses

changent rapidement aprms les journjes de

Juillet et la tentative de putsch de Korni-

lov : ils reprjsentent entre {x ¯ et Èä ¯

en octobre. Loin d½ktre un coup de main

rjussi par surprise, l½insurrection reprjsen-

te donc l½aboutissement et le djnouement

0oRerÝ !erÝôg

.ermanence fÌaR¨rfc puis ppuisement et en|in trahis¨n

fÌun pr¨cessus rpí¨luti¨nnaire

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0ource: Goog—e rts H u—ture