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™

\\e£t aigu

N°162

bliµue

„nous laisse sans secours“ lorsqu½il

affirme que pour que la citj soit gouvernje

de faXon idoine, il faut que les philosophes

deviennent rois et que les rois soient des

philosophes.

En consjquence, la politi-

que peut-elle poursuivre

des fins raisonnables et

bonnes en elles-mkmes

tout en jtant synonymes

de justice sociale, de sjcu-

ritj individuelle,

etc.?

Peut-on suivre la concepti-

on platonicienne ou doit-

on, au contraire, suivre

l½opinion de Machiavel

1469-1527®

enseignant

que, si la politique est une

question purement techni-

que, il ne convient pas de

l½examiner sous les rap-

ports de la justice et de la

morale, comme il le rap-

pelle au djbut du chapitre

VIII de son essai intitulj

Le Prince ( l Principe É

e principatibus

, jcrit en

1513 et publij de faXon

posthume en 1532®? La

conception de Machiavel

conduit D l½idje que le

pouvoir est arbitraire,

c½est-D-dire qu½il ne peut

ktre fondj en droit. Tous

les pouvoirs politiques font

pourtant valoir une ljgit-

imitj. C½est D l½analyse de

ce fondement ljgitime que

s½attache le droit politique.

Or, la conception moderne

du droit politique est celle

de l½ tat de droit la‹que,

djfinissant et limitant

l½exercice du pouvoir par

une Constitution. Cette

conception s½exprime par-

ticulimrement dans la thjo-

rie du contrat social : l½au-

toritj politique procmde

d½une convention passje

entre les individus entimre-

ment libres et jgaux. La plupart des thjo-

ries du contrat ont en commun de faire de

l½organisation politique une crjation artifi-

cielle, conventionnelle des hommes, ce

qui a une double consjquence: d½un cžtj,

de ne plus identifier le politique au reli-

gieuxÆ de l½autre, de ne pas en faire un mo-

de d½existence naturel des hommes et ce

contrairement D l½opinion d½Aristote qui

qualifiait l½homme de „zžon politikžn “ –

„d½animal politique“, par nature „phu-

sji“®.

Il est clair que les temps de Platon, de

Thomas et de Nicolas Machiavel sont rj-

volus, mais la question des rapports qu½en-

tretiennent politique et utopie restent tou-

jours d½actualitj surtout D un moment oÙ,

dans de nombreux pays d½Europe, on

cherche D moraliser la vie publique, on rj-

forme D tour de bras et tous azimuts dans

l½idje irrjaliste?® de refonder l½homme et

la socijtj, oÙ on cherche D redjfinir les

bases de la djmocratie ainsi que le ržle de

ses acteurs. Or, l½utopie est le rkve d½une

socijtj parfaite et djfinitive dans les limi-

tes de l½espace et du temps humains. Nous

pouvons d½un cžtj penser que, nje de la

conscience malheureuse et

du sentiment profond de la

finitude et de l½alijnation

politiques, elle cherche D

les nierÆ de l½autre que, nje

du djsir infini d½ktre et de

perfection, elle tente au

contraire de lui donner

une configuration, une re-

prjsentation concrmte. Est-

ce D dire que la politique

ressemblerait donc D Janus,

au dieu D la double face?

Son seul visage serait-il ce-

lui du pouvoir acquis et

conservj par la ruse ou par

la force? Celui d½une triste

et mesquine rjalitj? Rj-

pondre prjcisjment D cette

question njcessiterait un

djveloppement trop long,

mais cela appelle deux sj-

ries de remarques. D½une

part, pour Machiavel, le ci-

toyen doit valoriser la vie

active, civique aux djpens

de la vie contemplative.

Habitj par le djsir de gloi-

re et de grandeur, le citoy-

en doit jchapper D la cor-

ruption et agir pour la

communautj. En articu-

lant jtat d½urgence et rjfor-

me, djpassement des er-

reurs du passj proche et

espoir d½un nouvel ordre D

venir, la

ÛirtÖ

machiavjli-

enne devient ce qui permet

D l½homme de rjsister D la

fortuna

. Dms lors que la

fortune est djploiement de

la violence – celle de la

guerre extjrieure comme

celle des conflits intjrieurs

–, Machiavel entend don-

ner au citoyen une possibi-

litj de marquer sa place et

d½agir dans les bouleversements de l½His-

toire, bref de la „repolitiser“. D½autre part,

rappelons que l½jthique de l½jcrivain et

philosophe Albert Camus 1913-1960® se

prjsente comme la qukte djsespjrje® de

sens dans les cadres de cette Histoire. Le

sens du monde vient de l½intjrieur de l½ktre

humain qui rjclame la satisfaction de ses

djsirs de transparence et d½unitj. L½jthi-

que que propose Camus valorise la crjati-

on d½une solidaritj, d½une unitj qui se me-

sure D hauteur d½homme. Les actions issu-

es d½une telle jthique ont pour principal

but de faire reculer les frontimres du mal,

de diminuer le malheur qui frappe de son

sceau la condition humaine et de crjer un

peu de bonheur. Est-ce lD une nouvelle

utopie ou un jventuel programme politi-

que pour demain?

1 „C½est l½utopie qui fait la jonction de la

philosophie avec son jpoque“Æ „Le mot

d½utopie djsigne donc cette conjonction

de la philosophie ou du concept avec le

milieu prjsent: philosophie politique

peut-ktre toutefois l½utopie n½est-elle pas

le meilleur mot, en raison du sens mutilj

que l½opinion lui a donnj®“ in Deleuze

G.® - Guattari F.®, +u½est-ce que la phi-

losophie?, jd. de Minuit, 1990. p. 95-96.

2 Kant E.®, Critique de la raison pure,

Paris, P.U.F., 11e jd., 1986, p. 264.

3 Aristote, Les Politiques, I, 2 1253a, in

#uvres complmtes sous la direction de

Pierre Pellegrin®, Paris, Flammarion,

2014, p. 2325.