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Ç

\\e£t aigu

N°162

ujourd½hui je t½emmmne au

Knuedler, demain tu m½em-

mmneras au Krautmaart“, voi-

lD le marchj de dupes que

d½aucuns djfinissent comme

le respect du „Wielerwlllen“,

du souhait de l½jlecteur.

Mais bien qu½il n½y ait qu½un seul corps

jlectoral, on a du mal D comprendre com-

ment des milliers d¼jlecteurs puissent ex-

primer comme un seul homme ou une

seule femme un mkme djsir. Et si on con-

sidmre que mkme un seul individu a souv-

ent du mal D connaŠtre ses djsirs, D fortiori

son djsir, et que ses souhaits se livrent

trop souvent de sourdes luttes dans son

inconscient, nous convenons aisjment

qu½il faut une bonne dose d½arrogance et

de mauvaise foi pour se rjclamer de ce

„Wielerwlllen“. Sur ces passages D niveau

zjro de la politique®, un souhait peut en

cacher un autre et c½est bien jvidemment

le souhait de l½jlecteur qui sert de feuille

de vigne au souhait des politiciens. Est-ce

un hasard si c½est le philosophe du pessi-

misme, Arthur Schopenhauer, qui a pro-

fessj que le „Wlllen“ est la sombre pulsi-

on qui mmne le monde, pulsion que Freud

a rebaptisj en Xa et dont Nietzsche a fait

le „Wille zur Macht“.

Restons donc un instant avec Nietzsche

qui aurait donnj D peu prms ces conseils

aux politiciens: „+uand tu vas chez

l¼jlecteur, n½oublie pas le fouet et, surtout,

prends le marteau pour faire de la politi-

que.“ Pour rester dans la terminologie

nietzschjenne, nous pouvons assimiler le

„Wielerwlllen“ D l¼jljment dionysiaque,

cet jlan impjtueux, crjateur, ivre et fou, D

la base de toute culture, mais qui demande

D ktre domptj par l¼jljment apollinien de

la civilisation que d½aucuns assimilent hy-

pocritement D la sage bienveillance de la

politique.

Pour le grand philosophe Schopenhauer,

le djsir ne peut se rjaliser pleinement

qu½en s½annihilant. C½est lD le paradoxe D

l½origine du fameux pessimisme schopen-

hauerien. Peut-ktre pouvons-nous mieux

comprendre cette aporie en revenant D nos

jlections. Aprms tout, le fameux „Wieler-

wlllen“ n½est autre que l½addition des jgo-

‹smes, particularismes, mentalitjs „nimby“

et autres „dink“, c½est-D-dire un Dionysos

qui ne s½enivre plus qu½avec des crus bour-

geois du Bordelais. Car enfin, soyons hon-

nktes, quel habitant des beaux quartiers et

du „Speckgürtel“ entourant la capitale,

peut bien avoir intjrkt D la construction de

logements bon marchj, lui qui ne tient pas

D avoir comme voisins Ali, Tiago ou Selim

et qui ne veut pas voir s½effriter la valeur

de son pavillon D deux garages. Une politi-

que honnkte, mue par la volontj de servir

la citj, se trouve donc bien obligje, dans

un geste tout schopenhauerien, de nier

cette volontj de l¼jlecteur. Et c½est de cette

dialectique entre „Wielerwlllen“ et volon-

tj politique de gjrer, voire de rjformer

pour le bien de tous, que vivent les com-

munes et l½Etat. Depuis la citj grecque an-

cienne, les hommes n½ont pas encore trou-

vj mieux que la djmocratie pour faire

fonctionner cette dialectique, que ce soit

la djmocratie directe ou la djmocratie re-

prjsentative. Pour des citjs „D taille hu-

maine“, la djmocratie directe semble vala-

ble: c½est le panachage au Luxembourg, la

pratique rjfjrendaire en Suisse, l¼jlection

prjsidentielle en France. La djmocratie

reprjsentative est une rjponse plus adap-

tje aux socijtjs modernes plus larges: les

partis, les diffjrents pouvoirs et jusqu½au

quatrimme, la presse®, les syndicats et au-

tres chambres professionnelles apportent

l¼jljment apollinien qui est censj tempjrer

l¼jlan dionysiaque. Le systmme jlectoral

luxembourgeois se trouve D cheval entre

ces deux formes de djmocratie. En exclu-

ant plus de la moitij des habitants du

droit de vote, il rammne une grande mais

oui® nation hjtjrogmne D une petite com-

munautj de semblables. A ce prix-lD, il

jchappe certes pour l½instant® aux raz-de-

marje populistes voire fascistes, mais il

continue D voir s¼jlargir la fourchette entre

pauvres et nantis.

Les puissants de nos djmocraties occiden-

tales ont oublij l½option paradoxalement

optimiste du pessimiste Schopenhauer: le

corps jlectoral, en se remjmorant que

tous les individus participent de la mkme

volontj originaire de l½univers, fait tomber

les frontimres individualistes et djcouvre la

pitij. Oh non, il ne s½agit pas ici de la pitij

charitable du christianisme, mais d½un vj-

ritable „mitleiden“, littjralement d½un

souffrir-avec, que les vjritables hommes

d½Etat djcryptent aussi dans le „Wieler-

wlllen“ et qui leur donne la ljgitimitj

d¼ uvrer, au delD du score jlectoral brut,

pour le bien de la citj entimre.

La politique luxembourgeoise se trouve

aujourd½hui D la croisje des chemins: re-

specter le „Wielerwlllen“ en lui faisant

violence ou bien satisfaire ce „Wielerwll-

len“ en le caressant dans le sens du poil.

Le triste spectacle des tractations politi-

ciennes aprms les jlections communales

montrent malheureusement que la grande

majoritj des ir®responsables politiques

n½ont pas pu ou n½ont pas voulu compren-

dre l½urgence que le respect du „Wieler-

wlllen“ doit l½emporter sur sa satisfaction

immjdiate qui consiste D lui offrir du pain

et des jeux. Car, quoiqu½en en disait Jun-

cker, la politique est bien devenue un jeu,

et les rjsultats jlectoraux sont lus comme

le score d½un match de football. Le vain-

queur de la dernimre rencontre ramasse

toute la mise, et les idjes D long terme en

font les frais. Le „Politikerwlllen“ a fini

par jpouser le „Wielerwlllen“ et il en est

devenu le „Wille zur Macht“. Le politicard

satisfait le „Wielerwlllen“ et jouit du pou-

voir pour son propre bien, alors que

l½homme d½Etat respecte le „Wielerwlllen“

et utilise le pouvoir pour le bien de la citj.

L½histoire nous a montrj qu½il vaut mieux

faire de la politique avec Tocqueville et

Montesquieu qu½avec Nietzsche ...

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Ele\ti¨ns l¨\ales

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Arthur 1chopenhauer (¯×tt-¯tØö)