\\e£t aigu
N°162
6
dre du paradigme jmergent de la moderni-
tj®, au moment oÙ elles s½insjraient dans
l½Etat territorial souverain. Plus tard elles
furent parfois des thj@tres de luttes de
classes hautement symboliques, telles que
la commune rjvolutionnaire d½ao×t 1792 D
Paris, la Commune de Paris de 1871 ou
celle de Barcelone de juillet 1937. C½est
aussi au niveau des communes que dans
beaucoup de pays fut brisj pour la premim-
re fois le vote censitaire pour l¼jlargir aux
travailleurs et D la population toute entim-
re. Ce fut donc un espace de djmocratie
locale, oÙ le bien commun et communau-
taire pouvait ktre jlaborj et organisj, oÙ
l½espace et le temps s½urbanisaient. Il y eut
mkme, au sein du mouvement ouvrier in-
ternational, une tendance „communaliste“
? au djbut du simcle dernier ? considjrant
que la commune pourrait ktre un moyen
administratif permettant de gjrer les pro-
blmmes de la citj, en y recensant les be-
soins et de trouver par une association au-
togestionnaire et par le mandatement im-
pjratif, les moyens pour y rjpondre. Ce
moyen se voulait rjvolutionnaire par le
fait qu½il existe au sein du systmme capita-
liste, et serait le moyen permettant de faire
la transition rjvolutionnaire afin d½arriver
D une socijtj communiste libertaire. Dans
cette idje les communes pourraient ktre
des sortes de phalanstmres socialistes au
sein mkme de l½Etat bourgeois. On retrou-
ve de trms faibles jchos de cette illusion
dans certains aspects des propositions
d½une partie de la gauche, soit en oppo-
sant la gestion communale D celle de
l½Etat, soit, plus positivement, d½essayer
d½introduire au niveau communal des jlj-
ments de djmocratie participative, diffj-
rente du parlementarisme pur jus, mani-
festement en djcadence.
Toute l½histoire du 20imme simcle nous a
montrj que si la construction d½une socijtj
non-capitaliste peut bien commencer dans
un seul pays, son achmvement n½est possible
qu½au niveau international ou alors il abou-
tit D l½horreur stalinienne et D la bureaucra-
tie d½Etat contre-rjvolutionnaire. Ceci est
encore plus vrai jvidemment au niveau
d½une commune. Le socialisme dans une
seule ville djfie le sens commun. A l¼mre du
capitalisme triomphant ou D celle du capi-
talisme mondialisj une stratjgie politique
axje uniquement sur des possibilitjs de
mesures anti-capitalistes durables ou mk-
me seulement anti-njolibjrales® au seul ni-
veau communal est une pure utopie contre-
productive et ignore totalement et la
structuration du systmme capitaliste en gj-
njral et la nature de l½Etat et de ses appa-
reils® dans une socijtj bourgeoise en parti-
culier. Ce dernier ne peut ktre investi ou
changj progressivement. A propos de la
Commune de Paris Marx jcrivait: „la pro-
chaine tentative odevra consister non plus
D faire passer la machine en d½autres mains,
mais D la djtruire.“ L½Etat n½est pas un „ma-
chin“ neutre, mais bien le point nodal oÙ se
tissent tous les liens de domination, de rj-
pression et d½alijnation du pouvoir bour-
geoisÉcapitaliste, et ce indjpendamment
des majoritjs fluctuantes dans des parle-
ments hors de la sphmre rjelle des djcisions
essentielles qui gmrent le systmme capitaliste
tout entier, afin d½optimiser les conditions
de reproduction du capital et la loi de la va-
leur. Et les communes sont un pan de l½Etat
bourgeois.
Les jlections communales rendent encore
plus difficile la distanciation avec la logi-
que dominante des institutions jtatiques
que d½autres jlections. De la social-djmo-
cratie D la gauche alternative, en passant
par les njostaliniens ou la plupart des acti-
vistes syndicaux ou „mouvementistes“
combatifs, tous semblent, au Luxembourg,
ktre encagjs dans et pijgjs par l½acceptati-
on de la cette logique. La grande majoritj
des citoyens salarijs n½acquimre la consci-
ence politique et de contestation durable
que par l½action et les mouvements de
masse, autonomes par rapport aux institu-
tions du pouvoir. Ce qui devrait aussi ex-
clure qu½une gauche anticapitaliste vjrita-
ble participe minoritairement D toutes coa-
litions avec la social-djmocratie social-li-
bjrale au sein mkme de ces institutions,
seraient.-elles communale
Au Luxembourg, comme partout
ailleurs en Europe, rmgne la poli-
tique officielle, institutionnelle,
reprjsentje par les gouverne-
ments, qu½ils soient de centre-droite ou
de centre-gauche, ou encore d½extrkme
centre de plus en plus adoubj D l½extrk-
me-droite® Æ par les partis majoritaires au
parlement, et leurs diverses combines et
manigancesÆ et par diffjrentes bureaucra-
ties administratives, judiciaires, religieu-
ses ou sportives. +ue ces gouvernements
et partis soient „honnktes“?® ou corrom-
pus, „progressistes“ ou conservateurs, in-
telligents ou stupides, partisans de la
„croissance ou de l½austjritj, social-libj-
raux ou njolibjraux, „normaux“ ou agi-
tjs, prjtendument „socialistes“ ou soi-di-
sant „populaires“, modernisateurs ou tra-
ditionnalistes, ils ne reprjsentent que des
variantes de la mkme politique, celle du
systmme, celle du capital financier, celle
du capitalisme globalisj, celle qui perpj-
tue et aggrave les injgalitjs, celle qui per-
pjtue et accjlmre la destruction de l½envi-
ronnement, celle qui a conduit D la prj-
sente crise jconomique et qui conduira,
dans quelques djcennies, D une catastro-
phe jcologique. C½est la politique du sta-
tu quo, du business as usual, de la „gou-
£
vernance du systmme, du maintien de
l½ordre, de la police“ au sens donnj D ce
terme par le philosophe Jacques Rancim-
re®, de la gestion des affaires du capital,
de la neutralisation etÉou rjpression des
conflits, de la compjtitivitj D mort, des
coupes sombres dans les salaires et les re-
traites, des privatisations D tour de bras,
des cadeaux fiscaux aux riches, du dj-
mantmlement des services publics, de la
course aux armements.
Cette politique-lD rmgne, elle gouverne
partout, elle est aux commandes, elle
exerce le pouvoir d½Etat D l¼jchelle natio-
nale et continentale. Malgrj la crise, mal-
grj les difficultjs, la dette, le chmage, la
corruption, les scandales D rjpjtition, elle
semble promise D un bel avenir Æ le seul
changement semble prendre la forme
d½alternance, le centre-gauche remplaXant
le centre-droite ou vice-versa, D moins
qu½ils ne forment ensemble un gouverne-
ment d½union nationale ou d½alliance
avec la droite extrkme. Pourquoi pas? Ne
partagent-ils pas les mkmes options fon-
damentales, le mkme conformisme, la
mkme soumission sourde et aveugle aux
impjratifs des marchjs financiers ?
tant marquj gjnjtiquement
aussi bien par ses origines, sa
petitesse territoriale et donc
sa tradition „provin-
ciale“, l¼ tat bonsa luxem-
bourgeois D toujours subi les transforma-
tions sociojconomiques, culturelles et
politiques par absorption amollie, biaisje,
voire faussje des jvmnements ou courants
se situant dans les grands pays limitro-
phes, faXonnant une identitj et un mar-
quage spjcifique, mais profondjment tri-
butaire.
Une des consjquences en est l½idjologie
de la collaboration de classe tous azi-
muts, dont la Tripartite et le concept de
cogestion sont les fleurons ainsi que les
espoirs fallacieux mis dans l½actuel gou-
vernement D trois avec le parti bourgeois
PD® Cette collaboration de classe a indj-
niablement jtj le soubassement de la pa-
cification et de la djpolitisation d½une lar-
ge majoritj de la classe salarije et de la
droitisation au sein du mouvement ou-
vrier.
Pourtant l½appareil d½Etat luxembourgeois
est tout D fait similaire D celui des autres
Etats capitalistesÉbourgeois d½EuropeÆ il a
mkme, avec la monarchie, un pilier parti-
culimrement njfaste.
Ó
euï n¨tes \¨llatprales




