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S. ¯¯
du profit pour organiser rigoureusement le
travail et planifier les investissements. Par
contre, l½jconomie et la socijtj dans son
ensemble se djveloppent sans plan, d½une
manimre chaotique, selon les contraintes et
les hasards du marchj.
Cette contradiction est le produit de la
nature mkme du mode de production.
D½une part, les djcisions sur ce qui doit ktre
produit, comment, pour quoi, pour qui et
en quelles quantitjs sont prises par des ca-
pitalistes concurrents, en fonction de leur
seul objectif de profit. Pour survivre, cha-
que proprijtaire de capital est tenu de ne
rien laisser au hasard. D½autre part, la so-
cialisation de la production se fait D l½aveu-
gle. L½intjrkt gjnjral, en fait, ne se djfinit
qu½en creux\ comme la manimre dont la so-
cijtj et l½environnement se plient, pas D
pas, aux impjratifs de la production de sur-
valeur.
5n t¨urnant maeur ·¨ur
es tats5nisc un m¨ment
\harnisre ·¨ur e m¨nde
Une fonction clj des superstructures politi-
ques et jtatiques est de dissimuler la rjalitj
du pouvoir bourgeois, de classe, afin d½as-
surer au mode de production la ljgitimitj
sociale sans laquelle il ne pourrait survivre.
Or, l½idjologie njolibjrale et le mode de re-
rjgulation qui en djcoule sont bien en
peine, djsormais, d½assumer cette t@che.
Surtout aux Etats-Unis. Le sauvetage des
banques lors de la crise de ÓääÇ-n constitue
D cet jgard un point tournant. L½idje que le
systmme, tel qu½il est, fonctionne dans l½in-
tjrkt gjnjral, a volj en jclats. S½y ajoute le
fiasco de la guerre en Irak – fomentje D
coups de mensonges sur les „armes de des-
truction massive“ – qui donne des argu-
ments aux partisans de l½isolationnisme
amjricain. La djstabilisation est profonde,
la crise des deux grands partis bourgeois en
tjmoigne. La question du rjgime du® capi-
talisme est posje. Sur la gauche, cette dj-
stabilisation a produit les mouvements Oc-
cupy, Black Lives Matter, le mouvement
pour les £x dollars et la campagne Sanders,
ainsi qu½une mobilisation des femmes qui
trouva une de ses expressions dans la mar-
che du Ó£ janvier. Sur la droite, elle a pro-
duit le Tea Party puis Trump, qui prolonge,
radicalise et djpasse le Tea Party. Sa vic-
toire constitue un tournant majeur.
Vu le poids djcisif des Etats-Unis dans
tous les domaines, on peut risquer l½hypo-
thmse que nous sommes D un moment char-
nimre de l½histoire mondiale, comparable
aux grandes crises du 88e simcle. Un tour-
nant majeur, plus profond, donc, que celui
qui avait jtj impulsj par Thatcher £Ç®
et Reagan £nä®. Ce qui est jbranlj, en ef-
fet, c½est non seulement l½ordre njolibjral
instaurj depuis les annjes £nä, mais aussi
l½jquilibre des relations entre puissances, le
systmme d½hjgjmonie tel qu½il s½est mis en
place et a jvoluj aprms la seconde guerre
mondiale. C½est de cela qu½il faut essayer de
prendre la mesure. En se rappelant de quoi
le capitalisme est capable.
Le trumpisme n½est certes pas un na-
zisme, mais l½usage systjmatique du men-
songe, le nationalisme et la mobilisation
rjactionnaire des petits bourgeois enragjs
jvoquent les annjes £Îä. Par ailleurs,
comment ne pas rapprocher „America
first“ et „Deutschland über alles“ ? „Je suis
le candidat de la loi et de l½ordre“, a martelj
Trump pendant sa campagne jlectorale. Le
voici D la Maison Blanche et il plaide ou-
vertement pour l½usage de la torture, donne
l½ordre de publier hebdomadairement une
liste des crimes commis par des jtrangers,
et attaque les journalistes au nom de „faits
alternatifs“. Il serait dangereux de laisser
l½indignation et la vigilance retomber en
misant sur le fait que la majoritj de la classe
dominante amjricaine ne soutient pas ces
foucades.
ut¨n¨mie reatiíe du
·¨itiÄuec rªe des indiíidus
dans Ìhist¨ire
Les grands mjdias se sont empressjs de
dire que le nouveau prjsident devrait forcj-
ment „mettre de l½eau dans son vin“. Il est
vrai que son jquipe parat divisje et hjtjro-
clite\ le pourfendeur populiste de Wall
Street, Steve Bannon, y ctoie Gary Cohn,
numjro deux de Goldman Sachs, qui diri-
gera le Conseil jconomique. Cependant,
au cours de ses trois premiers mois, Trump
a tentj de concrjtiser la plupart de ses pro-
messes populistes, D bride abattue, mais
non sans opposition interne.
Il n½est pas certain qu½il pourra continuer.
D½une part, la hijrarchie militaire - dont la
stratjgie impjrialiste est fort constante de-
puis Bush – n½apprjciait certainement pas
de voir Steve Bannon la supplanter dans le
Conseil National de Sjcuritj, d½oÙ Trump
l½a jvincj djbut avril aprms son tournant D
propos du rjgime d½Assad. D½autre part,
des cercles trms influents du grand capital
jtats-unien sont opposjs D Trump, en parti-
culier sur quatre points qui sont lijs entre
eux\ la politique internationale, le protec-
tionnisme, les migrants et la rjforme fis-
cale. Si Trump n½est pas „recadrj» sur ces
questions, une partie de la bourgeoisie US
pourrait vouloir se djbarrasser de lui
comme la bourgeoisie britannique s½est dj-
barrassje de Thatcher en £ä lors de la
poll tax®. Car c½est la classe dirigeante – pas
les individus – qui dirige en dernimre ins-
tance.
Affirmer que la classe dirigeante dirige
„en dernimre instance“ – ces trois petits
mots sont importants – signifie qu½il y a une
double autonomie relative\ de la sphmre po-
litique par rapport D la sphmre jconomique,
et des individus par rapport D la sphmre po-
litique. La nomination de Trump lors de la
primaire rjpublicaine, puis son jlection D
la Maison Blanche, montrent que cette au-
tonomie est bien rjelle. Les observateurs
qui avaient pronostiquj que le tycoon se-
rait battu parce que Wall Street ne voulait
pas de lui se sont trompjs.
Comparaison n½est pas raison, mais le
grand capital allemand a mis Hitler au pou-
voir pour qu½il casse le mouvement ouvrier,
pas pour qu½il l½entrane dans la deuximme
guerre mondiale et dans la Shoah. Or, il
avait prjvu de le faire, et il l½a faito en
trompant ses interlocuteurs sur ses inten-
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