cce£t aiu
S. }
avenir, est obtenue par l½incessant passage
circulaire de l½information, revenant D tout
instant sur une liste trms succincte des mk-
mes vjtilles, annoncjes passionnjment
comme d½importantes nouvelles Æ alors que
ne passent que rarement, et par brmves sac-
cades, les nouvelles vjritablement impor-
tantes, sur ce qui change effectivement“
GuÞ Debord, „La Socijtj du Spectacle“®.
ccentuation des
contÏadictions
Cette fantasmagorie avec ses jvjnements
superlatifs n½est en fait, comme l½a aussi
soulignj Theodor W. Adorno, qu½un en-
semble „d½activitjs illusoires et superficiel-
les, de satisfactions de substitution institu-
tionnalisjes“, de produits publicitaires dif-
fusjs par l½appareil mjdiatique mondialisj
pour promouvoir D tous les niveaux une rj-
ponse marchande, mercantile, D l½ennui, D
la routine, au temps „libre“ de l½existence
au sein du capitalisme avancj. „L½ennui est
la rjaction D la grisaille objective. Il en va
de l½ennui comme de l½apathie politique. La
raison la plus juste est le sentiment parfaite-
ment justifij des masses que leur participa-
tion D la politique, pour laquelle la socijtj
leur abandonne une certaine latitude, ne
leur permet pas de changer grand-chose
dans leur existence, quel que soit le rjgime
en vigueur“ Th. W. Adorno, „Modmles cri-
tiques“®. Cette apathie politique est D la fois
consjquence, but et moteur de l½alijnation
tous azimuts dans les socijtjs infectjes par
le capitalisme mondial. Elle constitue une
conditio sine qua non de la perpjtuation de
la domination culturelle de la bourgeoise et
des bases du „consensus“ octroÞj aux mas-
ses populaires exploitjes, dominjes et im-
prjgnjes du fjtichisme de la marchandise.
Il n½est pas jtonnant que le coup de ton-
nerre de la crise financimre de 2008 et de la
crise jconomique structurelle qui perdure
ait D la fois opjrj une certaine mise D nue de
la propagande mjdiatisje des classes domi-
nantes et suscitj en mkme temps une vjri-
table explosion des diffjrentes mjthodes et
des multiples mjcanismes de contrle so-
cial et d½alijnation. Jamais les sports, les
fondamentalismes religieux, la mjdiatisa-
tion D outrance, l½invasion publicitaire, les
spectacles clinquants et pljthoriques, les
cultes people ou la culture geek n½ont
atteint de tels sommets et excms nausja-
bonds.
Trms certainement aussi pour des raisons
financimres et jconomiques \ ces domaines
jtant des lieux priviljgijs d½investissement
ultra-profitables, non-productifs et de blan-
chiment de l½argent issu des spjculations fi-
nancimres, du trafic de drogue, des djtour-
nements de fonds, de la corruption galo-
pante. Cependant, dans le cadre du sujet
traitj dans cet article, c½est bien la dimen-
sion de contrle social, d½alijnation des es-
prits, de manipulation tous azimuts qu½il
faut souligner. Alors mkme que son pou-
voir, son idjologie et les diffjrentes strates
de la culture dominante de la bourgeoisie et
de ses sbires sont gravement jcornjs, alors
mkme que la crise accentue le chmage, la
prjcaritj, la pauvretj ainsi que les attaques
contre les droits sociaux et djmocratiques
et poussent des millions de travailleurs mo-
bilisjs dans la rue et aux grmves dures, les
thurifjraires du capitalisme et des classes
dominantes se doivent de djmultiplier
leurs efforts d½alijnation et de rjification
des mentalitjs, des esprits et des comporte-
ments de la grande masse de la population,
afin de l½encadrer par les bulles de la njbu-
leuse culturelle dominante.
Contrairement D bien des organisations
de la gauche dite alternative ou „autre gau-
che“, focalisjes sur leurs rjsultats jlecto-
raux et le parlementarisme, la bourgeoise et
ses commis ont mieux compris une leXon
fondamentale \ la grande majoritj des ci-
toÞens salarijs n½acquimre la conscience
politique et de contestation durable que
par l½action et les mouvements de masse,
autonomes par rapport aux institutions du
pouvoir.
Or ces mobilisations jmaillent djsormais
le quotidien, du moins dans certains paÞs
capitalistes essentiels. Ce qu½il leur faut
donc jviter D tout prix, que ce soit par la
„socijtj du spectacle“, les mjdias pervertis,
les manipulations ou par la rjpression,
c½est l½jruption massive de l½immense po-
tentiel subversif que serait q ce que les au-
thentiques® marxistes ont avec raison ana-
lÞsj et mis au centre de leur dispositif stra-
tjgique depuis belle lurette q l½jmergence
d½une conscience de classe politique indj-
pendante, fondje sur les actions et mouve-
ments d½auto-organisation, de contrle ou-
vrier et citoÞen, et donc aussi et notam-
ment, d½une culture autonome, alternative,
non-marchande, non-mercantile.




