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+u½on me permette de commencer l½exer-

cice par un pied de nez D la Erich Kästner\

la pimce dont je rendrai compte aujourd½hui

n½a pas eu lieu le Î5 mai, mais aux tout der-

niers jours ... d½avril. Eh oui, tÞrannie du

bouclage de l½jdition oblige.

È:ue du ·ontÉ

au Ïand ThpDtÏe

Dms les trois coups qui signent le djbut de

la pimce, nous savons qu½il s½agira d½une tra-

gjdie grecque\ deux hommes que nous ne

connaissons pas se lavent avec application

et avec un succms digne de SisÞphe pour se

purifier des crimes qui vont ktre, on le de-

vine, inexorablement, njcessairement,

commis. Et pourtant, l½image nous le dit

aussi, ce sont deux hommes propres, deux

ktres exemplaires qui se sacrifient pour

faire vivre leur famille. Deux ktres purs,

mais de cette puretj dangereuse qui fait le

lit de tous les racismes et fascismes. L½un

d½eux s½appelle EddÞ. Immigrj italien de

longue date, misjrable docker vivant D

l½ombre du pont de BrooklÞn, il trime jour

et nuit pour jlever la nimce de sa femme et il

accueille Marco, cousin de sa femme, rjfu-

gij, pardon, immigrj jconomique qui ar-

rive comme clandestin et sans papiers D

New-9ork pour faire vivre sa femme et ses

enfants restjs lD-bas. Mais Marco vient ac-

compagnj de son frmre Rodolpho, qui aime

chanter, qui sait couper des robes, qui sait

sjduire les femmes. Et l½anecdote se fait

destin\ Catherine, la nimce devenue femme,

jchappe D son protecteur et veut jpouser

Rodolpho.

EddÞ, alors, parole de psÞchiatre, devien-

dra littjralement fou. Il djveloppe un djlire

de persjcution rjpjtant D qui veut l½enten-

dre que Rodolpho n½est pas “net», qu½il est

homosexuel, jtranger sans papiers, voleur

de poules et surtout

de sa poule. EddÞ dj-

noncera donc injvi-

tablement Rodolpho

et Marco, tout aussi

njcessairement,

tuera le traŠtre. Le gj-

nie de Miller, dans

cette pimce, est de

nous montrer com-

ment une pathologie

individuelle glisse

vers une pathologie

sociale et politique.

N½oublions pas que

Miller est un contemporain du grand philo-

sophe allemand Adorno, avec qui il partage

bien des idjes et des combats. FuÞant le rj-

gime nazi, Adorno s½exile aux Etats-Unis

oÙ il fait des recherches sur le “caractmre

autoritaire». Il djcouvre alors que les jlec-

teurs des fascistes prjsentent un certain

nombre de traits de caractmre qui les rap-

prochent de ce que nous appelons la para-

no‹a\ orgueil, psÞchorigiditj, comporte-

ment possessif, soumission D l½autoritj,

haine et rejet de l½autre. Le drame familial

de EddÞ rejoint le drame social des sans pa-

piers et Ivo van Hove a bien compris le gj-

nie de la pimce de Miller et l½urgence abso-

lue qu½il Þ a D la monter et la montrer. Car

ce n½est pas une pimce sur la nimce, c½est un

drame universel oÙ les mangeurs de spa-

ghetti parlent et agissent comme les per-

sonnages de Sophocle qui, ne l½oublions

pas, sont des personae, donc D la fois la

quintessence de la personne et en mkme

temps des nobodÞ. “Mon nom est per-

sonne», disait UlÞsse, mais aussi Sergio

Leone. Il est vrai que la terre de Sicile peut

fonctionner comme un laboratoire avec ses

pathologies individuelles et civiles, avec

son rapport trms particulier D la loi et D la vj-

ritj, mais aussi au djlire psÞchotique. Pi-

randello, mais aussi Al Capone, en savent

quelque chose. Et last but not least, com-

ment ne pas voir que les jtrangers clandes-

tins, tout comme celui qui les pourchasse,

sont des Siciliens, parlant la mkme langue,

rkvant des mkmes orangers et citronniers,

se djbattant dans les mkmes codes et les

mkmes signes. Comme le juif ShÞlock, ils

saignent comme ceux qui les ha‹ssent et les

pourchassent. Comme EddÞ, Rodolpho et

Marco, les SÞriens, les Irakiens, les Juifs, les

homosexuels et les Luxembourgeois sont

des frmres et des cousins. Et depuis les rjcits

de la bible, nous savons que ces rivalitjs-lD

sont les pires et les plus cruelles.

Il ne reste plus qu½D refermer la boŠte de

Pandore. Et le vase clos, dans lequel jvo-

luent les protagonistes, au milieu des spec-

tateurs juchjs sur leur pont, se referme sur

le sang versj. Et tout le dispositif prend la

forme, soudain, d½une cheminje oÙ le feu

consume les b×ches. La catharsis a opjrj,

mais le feu de la fin sera-t-il plus purifica-

teur que l½eau du djbut?

Tout a jtj dit sur le gjnie de la mise en

scmne, la sobrijtj du plateau, et surtout la

prouesse des acteurs. Nous avons retrouvj

le premier d½entre eux, Charles Berling, le

dimanche Î0 avril dans

È ale—É au ThpDtÏe

des a·ucins

Nj en 1916, Calek Perechodnik, fait partie

de la police juive dans le ghetto de Varso-

vie. Comme tel, il se trouve au centre de

l½horreur et doit faire le tri entre ceux qui

vont mourir tout de suite et ceux auxquels

de petits arrangements humains, bien trop

humains, promettent un improbable sursis.

D½un spectacle D l½autre, la tragjdie hu-

maine rjduit encore comme un fond de

sauce nausjabond au fond d½une casserole.

Dans Vue du pont l½anecdote vire D l½uni-

versel, dans Calek l½universel se dilue dans

l½anecdote. Point de catharsis ici et le njant

et le djsespoir nous ont bloquj les mains

pendant les applaudissements. Adorno, en-

core lui, resurgit alors avec son questionne-

ment\ peut-on faire de la pojsie et du thj@-

tre aprms Auschwitz ?

Les spectacles dont je viens de rendre

compte fournissent la rjponse. Mkme si on

ne peut plus en faire, il faut en faire. Sinon,

au silence des trjteaux rjpondra le vacarme

de la rue et de la tjljvision. A l½image de cet

autre spectacle thj@tral que le mois de mai

nous aura livrj cette annje, D savoir, l½jlec-

tion prjsidentielle en France et son djbat

tjljvisj entre les deux tours, oÙ Marine Le

Pen a laissj entrevoir ce que pourrait ktre

un monde sans thj@tre\ un niveau zjro du

djbat politique, du djbat donc dans la citj,

oÙ le pugilat fait revivre les antiques panem

et circenses.

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3ŒpDtre au uïežR¨urƒ

£ žaic –e |ais ce Äui že ·la‘t½ t ž¨£

R¨£ ·laisirc e£ ces –¨urs fe ·ri£tež·sc

cÌest fe ·asser e£ reíue lÌactiíitp tŒpDŽ

trale fe ce fer£ier ž¨is½ 1a£s |ausse

ž¨festiec –e reíe£fiÄue fa£s ces liƒ£es

ža suR–ectiíitp et –̨R–ecterai u£ ¨uic

žai auï ·isces Äue –Ìai aižpes t¨ut e£

¨··¨sa£t u£ £¨£c žai auï ·r¨fucti¨£s

Äui žÌ¨£t fp·lu½ I£culte H la acultp fes

lettresc –e í¨ue u£ culte au tŒpDtre et liŽ

írerai žes iž·ressi¨£s fe ·sðcŒa£aŽ

lðste žais aussi et surt¨ut fÌažateur½ t

–Ìessaieraic aíec la c¨ž·licitp Rie£íeilŽ

la£te fes lecteursc fe c¨£ti£uer lÌeïerŽ

cice že£suel H la re£trpe½

3Œpatre

S. ¯2

-hoto: l[hetron½[om

e [omodien harles Berling