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A\\o£Ý Bƒæ

N°163

n n½arrktait pas de le crier

sur les tous les tons: Xa ne

va pas. La Commission eu-

ropjenne voulait ratifier,

sans en avoir la compj-

tence, l½accord de libre-

jchange avec Singapour. ¹Le Conseil et

les gouvernements, jcrivait Jean-Pierre

Stroobants, jtaient, eux, d½un avis contrai-

reº. L½accord avorta. a ne va pas, clamai-

ent sur les rjseaux sociaux, dans la presse,

dans les mjdias, par force pjtitions et tri-

bunes, les spjcialistes, les jlus, les tjnors

du monde jconomiµue, les milliers d½ano-

nymes inµuiets du sort rjservj D leurs en-

fants. On ne voulait pas du CETA, de ce

traitj µui est une sorte de blanc-seing ac-

cordj aux multinationales d½outre-Atlanti-

µue. Nul besoin d¼ktre grand clerc pour

comprendre µu½avec les tribunaux spjci-

aux prjvus par le traitj, la rmglementation

europjenne ne pmserait pas lourd dans de

prjvisibles litiges. +ue fit-on? On se pro-

nonXa pour le traitj. Toujours le ¹manµue

de transparenceº et, on ne sait pourµuoi,

des traitjs µui se mijotent D l½insu des peu-

ples et, souvent, contre eux. Il vient un

moment, juge Tocµueville, oÙ la trop gran-

de centralisation et la spjcialisation du

pouvoir rendent la djmocratie inaudible et

carrjment la djtruisent. Mais c½est aussi la

justice µui passe D la moulinette, et l½exi-

gence d¼jµuitj. C½est ce µue rjvmle cet au-

tre jeu de jambes comiµue µu½est l½affaire

de l½indjpendance de la Catalogne. +ue

n½a-t-on arguj pour djnoncer, sur le ton

de l½indignation comminatoire, un coup

d¼ tat, un acte de sjdition, une opjration

caractjristiµue de haute trahison. On vou-

lait la rjpression, on rjclamait des sancti-

ons exemplaires. Patrick Besson remarµue

µu½on jtait moins regardant D l¼jpoµue oÙ

les diffjrents tats de l½ex-9ougoslavie

proclamaient leur indjpendance. Il est

vrai: on rejette avec virulence les velljitjs

indjpendantistes de la Catalogne, mais on

loue sans barguigner le sjparatisme de

l¼ cosse, parce µue tout simplement on

l½estime pro-europjen. C½est µu½on appelle

d½ordinaire avoir deux poids deux mesu-

res.

Dans un autre domaine, ce n½est pas triste

non plus. Ainsi est-il permis aux instituts

bancaires, faveur spjciale accordje par le

"

prjsident de la Commission, de confisµuer

l½argent djposj sur leurs comptes, si tant

est µue ces mkmes instituts se trouvent en

difficultj, notion vague, jlastiµue, tjnj-

breuse, µui, comme on s½en doute, facilite

les opjrations douteuses, les placements D

hauts risµues, les montages toxiµues, les

pratiµues opaµues, bref ouvre la boŠte de

Pandore de la spjculation et de la concus-

sion. On ne sait µuels intjrkts sert ce genre

de passe-droit, souvent justifij par la sa-

cro-sainte ¹loi du marchjº ou la fumeuse

thjorie du ruissellement, sans doute pas la

confiance de ceux µui travaillent dur et

croient contribuer par leur travail au bien

gjnjral. On a beau confirmer la sortie de

crise, les licenciements continuent et la

parade est toute trouvje: il suffit d½alljguer

les lourdes dettes souveraines pour remet-

tre une louche d½austjritj.

En Óää9, M. Sarkozy l½avait jurj, croix de

bois croix de fer, si je mens, je vais en En-

fer, µue c½en jtait fini avec les paradis fis-

caux. On allait voir ce µu½on allait voir. Il

y avait eu les tax rulings, joliment appeljs

¹rescrits fiscauxº, le Luxleaks, il y eut les

Panama Papers, on a les Paradise Papers.

Novlangue oblige, on ne parle plus d¼jva-

sion ni de blanchiment, mais d½optimisati-

on fiscale. Ce n½est peut-ktre pas trms mo-

ral, mais, paraŠt-il, ljgal. Force est de re-

connaŠtre µue c½est une magnifiµue trou-

vaille.

On se souvient, pour l½avoir apprise D

l½jcole, de la cjlmbre fable intitulje Les

animaux malades de la peste. L½innocent

baudet, accusj de tous les maux par le

conseil des animaux, est jugj un ¹cas pen-

dableº. Convaincu de djvouer en victime

expiatoire ¹ce pelj, ce galeuxº, c½est donc

d½une voix unanime µue le conseil le con-

damne et prononce son arrkt de mort: Ha-

ro sur le baudet. La chute de l½apologue

n½est pas moins jdifiante: ¹Selon µue vous

serez puissant ou misjrable, les jugements

de Cour vous rendront blanc ou noir.º On

peut en fourbir une intjressante variante

glanje dans l½actualitj. Deux vilains - ils

n½ont rien de l½innocent baudet de la fable

- µui avaient frauduleusement soustrait

6ääää euros D la collectivitj en se faisant

passer pour des victimes de l½attentat de

Nice, ont jcopj d½une peine de prison fer-

me de six ans pour le malandrin et de trois

ans pour sa moitij.

peu prms au mkme

moment, M. Cahuzac µui a djtournj des

millions d½euros en les planµuant sur des

comptes secrets, n½en a pris µue pour trois

ans, cljmence du tribunal oblige. Par con-

tre, Mme Lagarde, patronne du FMI, bien

µue djclarje coupable dans l½affaire Tapie,

ne s½est vu infliger aucune peine, tandis

µue Mme Neelie Kr s, ex-commissaire

europjenne D la concurrence et djtentrice

d½une socijtj offshore non djclarje, un

oubli sans doute, prise dans les filets des

Bahamas Leaks, a pu se fjliciter µue son

affaire soit classje sans suite. La justice

sait se montrer parfois djbonnaire.

Ouvrons une amusante parenthmse. On l½a

proclamj urbi et orbi: la manipulation de

l¼ktre humain s½est trouvj un nouvel outil

gr@ce D ce µu½on appelle, avec une sorte

d½humour potache, le ¹ciseau gjnjtiµueº.

On pourra directement intervenir, affir-

me-t-on, sur l½ADN, le couper, le modifier,

l½amjliorer, ici en prjlever un morceau, lD

le remplacer par un autre. Ce n½est µue

merveillet Un vieux rkve promjthjen de-

vient rjalitj. On le rencontrait dans la my-

thologie, dans les anciennes utopies. Il

s½agissait de rjgjnjrer l½homme, de le rjin-

venter, de promouvoir un homme nou-

veau. On l½imaginait affranchi des contin-

gences, libre, souverain, maŠtre de la na-

ture et du monde, immortel, dieu lui-mk-

me. On en louait la volontj de puissance,

les hautes µualitjs morales et spirituelles.

On parlait de surhomme et de surhumani-

tj. De mjchantes langues, bien s×r, ob-

jecteront µue les diffjrents totalitarismes

du 88mme simcle, religieux, communistes,

national-socialiste, ont nourri la mkme

ambition. Ne voulait-on pas sjlectionner D

son grj les meilleurs d½une espmce, tantžt

les rjjduµuer, tantžt les transformer biolo-

giµuement et intellectuellement, toujours

liµuider les mauvais sujets, sjparer le bon

grain de l½ivraie? Le combat n¼jtait-il pas

alors le mkme? Crjer un nouvel homme,

un nouveau monde, une nouvelle rjalitj.

L½avantage du ciseau gjnjtiµue est µu½on

peut le draper d½alibis thjrapeutiµues et le

prjtendre un eugjnisme de bon aloi. Il ne

serait µuestion µue de prjvenir, de gujrir,

de sauver. On promet de soigner des gens

accabljs de lourds traumatismes, affligjs

de pjnibles sjµuelles, l½accidentj de la

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