Le dernier trimestre de l½année 2016 a
donné lieu D une séµuence intensive d½au-
tocritiµue (au sens fort \ d½auto-critiµue),
ou tout du moins d½apparente autocritiµue
des médias dans les médias. Le vote britan-
niµue en faveur du „Brexit» et la victoire de
Donald Trump ont en effet suscité de nom-
breuses contestations des grands médias,
au point µue ceux-ci ont d× faire mine de
les entendre.
Un remmde illusoire est avancé \ le fact
checking (pratiµue journalistiµue en vogue
µui consiste D opposer D la „post-vérité“ la
„vérité des faits“), µuand il est présenté
comme une réponse miracle par des cheffe-
ries éditoriales µui déplorent la crédulité du
public et s½émeuvent de la fin du rle pres-
cripteur des médias traditionnels. Ces pré-
tentions „pédagogiµues“ sont vouées D
l½impuissance µuand elles prennent pour
cible un peuple considéré comme égaré sur
le chemin de la véritéo
a ·reÓÓe et ÓeÓ libertpÓ
Mais faisons d½abord µuatre constats essen-
tiels, de base\
1) Les professionnels médiatiµues le ra-
b@chent sans cesse pour se rassurer\ les mé-
dias „libres et indépendants“ seraient une
des composantes nécessaires D „la“ démo-
cratie. C½est un premier mensonge manipu-
lateur. Une démocratie, c½est (surtout) des
citoyens libres et indépendants, capables
d½auto-organisation. Il existe un lien entre
informations et libre arbitre. Entre démo-
cratie pleine et assumée et conscience.
Pour juger, il faut ktre éclairé. Ce rapport
vertueux est mis D mal par les reniements
successifs de la presse et le dédain µu½elle
suscite. En Europe, la population surinfor-
mée, prenant part aux débats de fonds ne
dépassent pas ί de la population. Pour
les autres, l½immense majorité, la connais-
sance s½acµuiert au dner face D l½Homme
tronc entre deux spots de publicité (ou par
le biais de tablodes de type Daily Mirror ou
Bild). S½y ajoute l½aliénation du citoyen sa-
larié par la déferlante idéologiµue µuoti-
dienne (sports, spectacles people, religions,
publicité, télévisions commerciales, etc.).
2) Le citoyen partiel\ La µuestion princi-
pale demeure cependant celle de la dialec-
tiµue entre temps de travail réifié et temps
libre. L½offensive des gouvernements de
droite ou sociaux-démocrates sur la valeur
travail relmve de l½abaissement de la spolia-
tion du temps nécessaire D l½information.
Le pouvoir fait la chasse au temps libre
considéré comme une oisiveté superféta-
toire. C½est la forme aboutie de la démocra-
tie par défaut. Une démocratie marchande,
au citoyen partiel. C½est-D-dire un individu
désinformé µui confie son destin D des éli-
tes savantes. terme, et compte tenu de la
complexité des problmmes, un moyen effi-
cace pour soumettre les électeurs blasés D la
délégation consentie du pouvoir. Une logi-
µue µui consiste D priver autant µue possi-
ble les travailleurs du temps nécessaire D la
collecte, la lecture et l½analyse de l½informa-
tion. Car l½accms D la connaissance contra-
dictoire et sérieuse est un long chemin. Les
sources sont infinies, les entrées multiples.
Lire des articles, chercher des références,
croiser les idées impose d½y consacrer beau-
coup de temps et d½énergie. Les citoyens
doivent arbitrer entre vie de famille, survie
sociale, loisirs libidinaux, impératifs pro-
fessionnels et nécessité de s½informer pour
participer D la vie de la cité. Ils sont plus
tentés par „cultiver leurs jardins personnels
ou familiaux“ plutt µue d½affronter les épi-
neux problmmes de citoyenneté et d½enga-
gement.
Î) Le transfert de la réflexion créatrice de
décisions et de liberté s½opmre au profit de la
productionÉconsommation. Le combat du
pouvoir pour l½augmentation du temps de
travail trouve ici son sens. Substituer D
„l½intellectualisme contemplatif“ l½activité
laborieuse et insensée. En augmentant le
temps de travail (et en diminuant de fait la
potentialité de s½informer) la sphmre écono-
miµue et marchande en tire un double
avantage. Augmenter la production de
biens, de la plus-value, sur le marché dans
un premier temps par l½augmentation du
temps passé D la fabrication. Puis, par satu-
ration, empkcher le travailleurÉconsomma-
teur de se positionner sur la pertinence de
l½achat de ses biens. Bien connu du lexiµue
consumériste et publicitaire, „le temps de
cerveau disponible“ doit s½organiser essen-
tiellement autour de la consommation et la
production de biens, au lieu de le mobiliser
sur des enjeux démocratiµues et responsa-
bilisants. Il est entendu µue le temps passé
D ingurgiter des publicités en état semi-co-
mateux télévisuel s½assimile D l½une ou l½au-
tre des activités marchandes. Abrutir le lec-
teur par tous les moyens reste la meilleure
solution pour lui refourguer n½importe
µuelle camelote. La dégénérescence des
contenus est-elle induite par l½attente du
lecteur ou est-ce l½inverse ¶ Une chose est
certaine, la boucle s½est enclenchée. La
baisse tendancielle de la valeur information
entrane la diminution de l½intérkt du lec-
teur. Jusµu½oÙ, jusµue µuand ¶ Pour régner
il ne faut donc pas seulement diviser, mais
manipuler en permanence!
L½industrie capitaliste se doit d½intégrer
dans sa logiµue accumulative et manipula-
trice le temps libre µu½elle abandonne aux
travailleurs, ce µui impliµue en particulier
de transformer les „objets culturels“ en
„objets de consommation“ et la „culture
populaire“ en „industrie des loisirs“. Cette
impérialisation de l espace-temps sous tous
les aspects se fait “ notamment “ D la pointe
des baonnettes µue sont les médias sous
contrle et la presse caniveau (voir le Bild-
zeitung, le Daily Mirror ou autres torchons
comme des exemples phares de cette alié-
nation et réification culturelles de la pensée
et l½activité humaines). Le comportement
de consommation, piloté par le marketing,
ne concerne donc pas uniµuement les pro-
duits et les gadgets marchands, ni les
pseudo-programmes politiµues, mais égale-
ment l½ensemble des productions culturel-
les et de leurs conditionnements récréatifs.
4) Dans ce contexte les attaµues contre la
culture et l½information se multiplient D
tous les niveaux. On dit d½ailleurs de ces
dernimres µu½elles ne sont pas des „mar-
chandises comme les autres“, ce µui revient
D dire du reste µue ce sont µuand mkme
aussi des marchandises, certes particulim-
res, d½exception, mais µui n½échappent pas
finalement D la loi du marché et au marché
des opinions. La µuestion est loin d½ktre
nouvelle. Jules Vallms, journaliste fondateur
du Cri du peuple (1n71), parlait déjD de
„l½alliance de l½encre et de la bourse“. En
19Î4, le dirigeant radical franXais Edouard
Daladier fustigeait les „deux cents familles“
µui „placent au pouvoir leurs délégués“ et
µui „interviennent sur l½opinion publiµue,
car elles contrlent la presse . Trois µuarts
de simcle plus tard, moins d½une vingtaine
de dynasties exercent une influence com-
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