\\e£t aigu
S. 3
C½est une bonne nouvelle pour un si bel ob-
jet. Et puis il y a les auteurs µue l½on attend,
µue l½on suit avec plaisir. Ceux dont la res-
piration, le rythme de l½jcriture nous han-
tent et nous donnent cet oxygmne dont
nous avons besoin. Mauvaise nouvelle
pour ceux µui aiment Elfriede Jelinek, Prix
Nobel de la littjrature, et pas n½importe le-
µuel, un excellent cru, celle-ci a djcidj de
disparatre du champ mjdiatiµue et ses li-
vres traduits ou tout simplement publijs se
font rares, car elle poste les pages de ses ro-
mans au jour le jour sur son site, en accms li-
bre q les jditeurs n½auront µu½D aller pio-
cher librement dans ses jcrits et les tra-
duire, le cas jchjant. +uelle merveille
d½engagement, dans cette jpoµue consu-
mjristet Seulement voilD, ses rjcits ne sont
pas tous traduits, et pour le lecteur µui ne
comprend pas l½allemand, le voici jetj dans
les affres de la solitude. Car un monde sans
Jelinek et sa colmre salvatrice contre le
monde et ses abominations q et elles se
comptent par milliers q ne saurait sonner
tout D fait justement.
Eïister et ire
J½ai bien s×r mon panthjon d½jcrivains,
ceux µui m½ont faXonnje, ceux-lD restent
avec leur langue D mes tempes. Pour les au-
tres, les vivants, il y en a peu µui me soulm-
vent et me mmnent vers le largeo Mais ils
existent. Je vais citer
le dernier livre lu, il
s½agit de pojsie, du
recueil de Catherine
Weinzaepflen, avec
Ingeborg jditions
des femmes, 2015®,
actuellement en lice
pour le Prix Apolli-
naire. L½auteure a
mklj sa voix, ses pom-
mes, D ceux d½Inge-
borg Bachmann,
cette amoureuse folle
jperdue de Paul Ce-
lan. Les pommes d½In-
geborg Bachmann,
µu½elle a pour cer-
tains traduits, et les
siens, se mjlangent,
ils semblent faits du
mkme souffle subtil,
c½est dire la njcessitj,
l½jlan et la beautj
d½un tel ouvrage. Et
Catherine Weinzaep-
flen, de la mkme ma-
nimre, djsespjrje et lucide, observe et dj-
nonce notre jpoµue cyniµue q et ce djses-
poir, cette douleur, cette conscience jveil-
lje au c ur de la nuit noire, tressje avec la
conscience et la force des jcrits d½Ingeborg
Bachmann, nous guident comme un ver-
tige, celui d½exister, d½ktre frmres et s urs en
humanitj. Il faut le lire de toute urgence.
Puis, il y a les auteurs µujbjcois, avec
cette djcouverte insensje d½une jcriture
µui file D toute vitesse dans les mjandres de
notre temps et µui avec djsinvolture et vir-
tuositj font un portrait au vitriol de notre
socijtj, avec cet humour si taµuin parfois,
µui vient nous titiller jusµue dans nos mi-
roirs, le sourire aux lmvres pour les jpaves
technophiles µue nous sommes devenus. Il
y a ainsi
a Vie littjraire
, de Mathieu Arse-
nault Editions Le +uartanier, 2014®. En ce
moment jgalement, deux monuments de la
littjrature amjricaine, William Gass, pour
e /unnel
Editions Le Cherche Midi, col-
lection Lot 49, 2014®, oÙ un professeur
d½universitj djcide, tout en se remjmorant
son histoire et l½histoire occidentale, de
creuser un tunnel dans sa cave, D l½abri des
regards de sa femme. Monument de la littj-
rature, µui se conjugue D un autre monu-
ment,
½Infinie omjdie
, de David Foster
Wallace Editions de l½Olivier, 2015®, µui
trne sur ma table de chevet, pas encore lu
celui-ci. Mais une µuestion se pose pour
ces deux livres, µui font respectivement 708
et 1483 pages: D une jpoµue de la forme
courte, pourµuoi ces deux romans, si longs,
remportent-ils un tel succms, et comment
trouve-t-on encore des gens assez fous
pour jcrire et lire de tels pavjs¶ LD oÙ l½on
prne l½jconomie de moyens, le minima-
lisme, voilD un beau pied-de-nez D notre
jpoµue, forte de ses formatages. S½y plon-
ger, s½y lover, relmve alors d½une chute dans
le temps, d½un oubli de notre contempora-
njitj pour gagner l½universel. Car c½est
aussi par la scansion et la richesse du motif
µue se djcline la littjrature.
Dans un tout autre domaine, celui de la
philosophie, hors des sentiers battus, il y a
FranXois Jullien, µui tente de faire se c-
toyer la philosophie occidentale, avec son
cartjsianisme, et la pensje chinoise µui,
elle, n½a µue faire de la culpabilitj judjo-
chrjtienne, de l½idje de Dieu, toutes ces no-
tions µui nous enferment. Dans cette tenta-
tive de “djsadhjrence» D nos modes de vie,
nos arguties, il faut lire l½excellent Vivre en
existant Bibliothmµue des idjes, jditions
Gallimard, 2016®. Une autre faXon d½ktre
au monde nous est proposje, une autre fa-
Xon d½jmerger, comme une mise D distance
de notre vie pour mieux exister. Cette lec-
ture fait un bien fou en cette jpoµue cen-
trje sur nous-mkmes, comme un incessant
selfie µui exclut finalement tout du monde
pour y apposer notre prjsence en surface,
une surface glissante µue l½on regarde D
peineo Et si nous prenions le temps d½exis-
ter et de lire¶
oÝfe s\ae
ð a fes ·priofes ·our a ittpraturec
fes mome£ts \ps½ a re£trpe ittpraire
·arisie££e \om·te feuï mome£ts ·a
resc o\toRre et a£íier½ !ais o£ íous
fira aussi Äue teeme£t fe ge£s p\ri
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\ec o£ ·eut |aire ·aratre u£ iíre H
tout mome£tc ·uisÄuÌo£ £e Ìatte£f ·as
íraime£t et ÄuÌi aura ·our tD\ec \e i
íreHc fe se |aire remarÄuer ·ar ses
seues íertus½ e toute |a^o£ e mo£fe
fe Ìpfitio£ sou||rec a ittprature pgae
me£tc et es iíres Äui se íe£fe£t £e
so£t ·as |or\pme£t es meieurs½ es
p\riíai£s es ·us \o££us e so£tis
fÌaieurs ·our eur ¬uíre ou £e sÌagiti
·as a ·u·art fu tem·s fÌu£ imme£se
mae£te£fuÅ es Äuestio£s se so£t ·o
spes fe tout tem·s½ 5£e \ose est sèrec
si e \f est a··ep H fis·aratre ai£si
Äue e fífc a iseuse et ses tpp\arge
me£ts £e fptrª£ero£t ·as e iírec íer
sio£ ·a·ier½
Le Ýe·Ó eÝ ÌeÓ·ace de a iÝÝpÏaÝæÏe
ro£iÄues ·arisie££es




